Carole Tolila : Je fais quoi avec cette envie de petit dernier ?

 

Chez émoi émoi, on aime partager vos questionnements. Parce qu’ils nous concernent tous.tes, d’une manière ou d’un autre. Carole Tolila aurait pu inventer le terme slasheur tant elle multiplie les jobs avec brio : animatrice télé, journaliste, fédératrice de projets et meneuse de collab’ hors pair, elle est aussi maman de deux enfants : Edgar 8 ans et Thelma, 6 ans. Oui mais voilà, une vie bien remplie n’empêche pas de se poser LA question : je fais quoi avec cette envie de petit dernier ?

« Faire le deuil de sa maternité, c’est un sujet universel. Au début, je n’avais pas perçu sa portée. Avec mes amies, on discutait de ce petit dernier que l’on garde dans un coin de la tête, qu’on projette pour plus tard, … Mais sans mettre de côté cette possibilité de dernière grossesse. » Peut-on vraiment se dire qu’une grossesse est la dernière ? Que l’on ne ressortira plus les bodies ? Pour Carole, avoir 3 enfants lui semblait être une évidence, avant même d’être maman : « J’ai une grande soeur et un petit frère qui est arrivé comme un miracle pour mes parents. Une surprise, 6 ans après ma naissance. Je me souviens que cette nouvelle a donné lieu à une grande fête, quelque chose de joyeux. Je n’ai pas vécu ma deuxième grossesse comme étant la dernière, je me suis tout de suite projetée avec un troisième enfant. Evidemment, sans en parler à Thomas. Mais au bout de quelques mois avec Thelma, Thomas m’a dit qu’il se sentait au complet avec deux enfants. C’est un papa très très investi dans l’organisation et dans l’aspect purement affectif aussi. Il a envie d’être disponible pour ses enfants. Un troisième, en ce qui le concerne, ne profitera pas de cette disponibilité-là. » Cet argument infaillible, Carole ne peut pas le mettre de côté. Ce troisième enfant est évidemment un projet commun. Alors, elle accepte, comprend mais ne parvient pas à mettre totalement de côté la possibilité de donner à nouveau la vie. 

 

Carole porte notre hoodie polaire Mother Nature

« J’ai l’impression que mes grossesses sont passées comme un éclair. »
Dans le deuil de la maternité, il y a le sujet de la grossesse. « Mes grossesses, je les ai vécues en parallèle d’une vie professionnelle intense donc inévitablement, j’ai le sentiment de ne pas y avoir consacré le temps et l’énergie que j’aurais dû. Je me souviens que quand j’étais enceinte de Thelma, je lui disais « Accroche-toi ! Tu es une fille, tu vas voir il faut tout mener de front ! On serait plus sereine si l’on savait que l’on pouvait faire des enfants facilement, plus tard. A 30 ans, tu dois tout mener de front : ta carrière, ta vie de femme et ta nouvelle vie de mère. Si je faisais un enfant dans 2, 3 ans, je serais sans doute moins intense dans ma vie pro. » Oui mais voilà, il y a cette horloge biologique évidente qui ne sonne pas pour toutes à la même heure (mais comment savoir ?) Et il y a les limites que l’on se fixe pour porter ce petit dernier : « Je ne sais pas pourquoi mais je me suis dit que 38 ans serait ma dernière année pour avoir un troisième enfant. J’ai conscience que je pourrai tomber enceinte après cet âge mais c’était ma limite personnelle. Aujourd’hui, j’ai 38 ans et l’envie d’un petit dernier est toujours présente même si je fais un travail dessus. » Chez Carole, comme chez beaucoup de femmes, l’idée de ne plus vivre une grossesse, même si l’expérience n’a pas toujours été rose, marque une fin en soi :  fin d’une période, d’une jeunesse, d’un temps suspendu… Et pour Carole précisément, une troisième grossesse résonne comme la possibilité de vivre l’instant présent, réellement : « J’ai l’impression, que j’ai 1 milliard de choses à vivre, à tester si je tombe à nouveau enceinte. Que cette fois-ci, je vivrai cela intensément et sans regret. » Happé par la vie, n’a-t-on pas inévitablement le sentiment de passer un peu à côté de ses grossesses ? « Je trouve que vivre la magie de fabriquer un être humain est dingue. Et ne l’avoir fait que deux fois me rend triste ! » Journaliste spécialisée dans les questions de maternité et d’éducation, Carole est aussi régulièrement confrontée à des images de nouvelles maternités. De quoi ne pas aider… »Sans compter qu’Instagram et ses images de gros ventres, de bébés, d’images idéalisées, de petits derniers comme un conte de fée, nourrit ce désir chez moi. Même si je sais qu’Instagram n’est pas la vraie vie. « 

 

Carole et notre sweat Soleil de ma vie.

 

Changer de paradigme
Passer à autre chose, tourner la page, entamer un nouveau chapitre…Comment le faire quand on a le sentiment de vouloir encore faire partie du game ? Pour Carole, il y a ce nouveau paradigme à envisager, sans y voir une contrainte : « Ne plus tomber enceinte, c’est aussi le début de la vieillesse. Tu bascules dans un autre temps de vie. Et cela peut être long avant d’être en accord avec cette option. Mais je sais aussi que ce troisième enfant peut déséquilibrer une vie, notre couple et aussi nos convictions. Sur la table, quand on expose les arguments, ils vont plutôt dans le sens de s’arrêter là : il y a la précarité de nos métiers d’intermittents, il y a Thomas très investi à qui je ne peux pas imposer une charge supplémentaire s’il ne le sent pas et il y a enfin l’argument écologique qui a du sens pour nous. » … Et il y a le cœur, bien loin de la raison. Le petit dernier, l’aventure ultime, la curiosité aussi (alors, ça fait quoi un troisième ?), tourne en boucle dans l’esprit de beaucoup de parents sans qu’une décision s’impose forcément. « Moi je ne sais pas prendre de décision définitive ! C’est souvent Thomas qui tranche, il a le don pour ça. Je crois que secrètement, j’aimerais que le désir vienne de lui mais j’apprécie tellement son honnêteté, que cela aussi me rassure et ce m’aide à avancer. »

Photo : Elodie Daguin
Sur la première photo, Carole porte notre t-shirt Tu es mon Soleil.

 

 

 

 

Publié le Ecrit par Amandine