Clara Rocchia : « 2020 nous a mis en pilotage automatique. Et demain ? »

 

2020, l’année singulière, celle qui sans prévenir appuie là où ça fait mal, rend la parentalité plus compliquée, le temps pour soi loin derrière soi et l’amour difficile à préserver. Vous êtes nombreux.ses à suivre Clara sur Instagram. Sur son compte, @Clara.Rocchia défile les chapitres d’une vie de famille. Et de femme aussi. Clara et moi, on se connaît. Toutes les deux mamans de plusieurs enfants, en couple depuis quelques années, bien dans nos vies, dans nos peaux, dans nos jobs.

Et puis l’année « confinement.s » que l’on traverse avec un tas d’armes et de subterfuges pour faire face aux tempêtes. Avec à la clé des réponses qui font avancer, d’autres qui amènent une autre question #ahbahsuper. 

On fait le bilan ? Clara nous confie les quatre grands sujets qui l’ont ébranlée. Et parfois renforcée. 

 

 Avoir un…puis trois enfants

“J’ai une fille, Thelma qui a 7 ans, et des jumeaux : Pio et Lou qui ont 2 ans et demi. Mon premier enfant à 27 ans, je le vis comme une lune de miel. Je découvre tout. Devenir parents réinvente aussi notre couple et raconte un autre chapitre. Ça nous galvanise, on vit ce rôle à fond, on n’est jamais mieux que tous les trois ensemble. Ma seconde grossesse, 4 ans plus tard, je la vis dans une sorte de plénitude, j’étais sûr de moi car j’avais déjà vécu une première grossesse, je savais plus ou moins à quoi m’attendre et je me rassurais à ce sujet : Au début, on ne va pas beaucoup dormir, ensuite ça ira. D’avoir déjà eu un enfant nous motivait pas mal au début. On se disait : “Ils ne font pas leurs nuits mais ça passera…Après ils seront autonomes, regarde Thelma…” Aujourd’hui, ils ont 2 ans et demi et on se rassure encore comme cela ! Au lieu de vivre le moment présent avec eux, on anticipe, on se projette. Au 2ème (et 3ème enfant en l’occurrence), tu te prends une claque. Clairement.

 

« Quand tes enfants s’assoient sur tes genoux et que tu deviens une chaise pour eux, comment peux-tu ôter aussi facilement ton masque de maman et devenir femme ? »

 

L’épreuve des confinements

« Je crois que tout est, à ce sujet, une question d’espace, d’endroit à soi. Avant l’arrivée de la pandémie dans nos vies, j’avais mon espace, je retrouvais mon bureau à Paris une semaine sur deux. Un lieu, un temps pour “Clara”, en somme. Et puis sonne le premier confinement. Je suis enfermée à la maison avec les enfants et j’ai le sentiment de n’être que maman. Mon mec part travailler et je reste seule avec nos trois enfants qui me sollicitent constamment. À ce moment-là je réalise, comme des milliers de parents, que je ne pourrai jamais m’arrêter de bosser pour m’occuper à plein temps de mes enfants. J’ai trop besoin de réaliser des choses pour moi. Une deuxième difficulté s’impose rapidement à moi. Dans un contexte aussi tendu que celui-ci, je me perds en tant que femme alors même que Mikka me demande, à juste titre, d’endosser ce rôle, d’être plus féminine, davantage dans le couple et l’amour. On s’était évidemment dit tous les deux que nous avions besoin d’être un couple avant tout mais techniquement quand tes enfants s’assoient sur tes genoux et que tu deviens une chaise pour eux, comment peux-tu ôter aussi facilement ton masque de maman et devenir femme ? Cela reviendrait à jouer la comédie. Sans compter que tu as clairement moins de choses à raconter quand tu es H-24 avec tes enfants. Le seul adulte que j’ai vu durant près de la moitié de l’année, c’est mon mec. Avec le sentiment de ne rien avoir à raconter si ce n’est le quotidien des enfants.

 

« Durant cette période, je n’ai pas su utiliser mon temps, je ne savais plus ce qui me faisait plaisir. Se retrouver seule face à soi-même, c’était difficile. »

 

Le premier confinement remet beaucoup de choses en question, l’été passe, puis vient le deuxième confinement. Je suis confinée mais sans les enfants à la maison. Je pensais que cela allait être plus cool mais en fait pas du tout. Tu es là pour nettoyer le petit-déjeuner, ranger le lave-vaisselle, tu es dans un environnement où traînent les livres des enfants dans le salon. On allait chercher notre fille aînée à 16h30 pour lui éviter de porter son masque trop longtemps et les journées passaient très vite. Durant cette période, je n’ai pas su utiliser mon temps, je ne savais plus ce qui me faisait plaisir. Se retrouver seule face à soi-même, c’était difficile. En toile de fond, mes enfants réclamaient leur maman tout le temps (c’est l’âge) et mon mec souhaitait que je laisse davantage de place à mon rôle de femme. Bref, je me fais passer en 10ème position. Il est temps de changer les choses. Rapidement, je réalise qu’en étant davantage « Clara », en prenant plus de temps pour moi, je suis aussi plus agréable et plus à l’écoute avec Mikka et avec mes enfants. A peu près tout dépend de moi pour amorcer une autre dynamique. 

 

Prendre conscience de la difficulté d’avoir des jumeaux.

“En 2018, quand on a su que j’attendais des jumeaux, Mikka a tout de suite pris conscience de la situation. Moi j’étais dans un déni. Je me disais : un ou deux, c’est pareil. On sait faire, on a déjà été parents. » Puis, quand ils sont arrivés, j’ai conservé cet esprit, cette dynamique dans le couple. Même dans les moments difficiles, j’étais celle qui disait : Ca va aller !’ 

Puis 2020, l’année de leurs 2 ans, m’a fait réaliser ce que c’était d’avoir des jumeaux. Clairement, ce n’était pas rien. Mikka avait compris depuis 2 ans la difficulté. En juillet 2020, pour la première fois, j’ai dit à Mikka : Je trouve ça difficile d’avoir 3 enfants. Au moment où il allait dire : Moi aussi, je l’ai coupé et lui ai dit : Là, j’ai besoin d’en parler moi. J’ai senti que cette phrase l’avait complètement déstabilisé. Parce que ce n’est pas du tout dans mon tempérament. J’ai baissé les épaules et sa tête a glissé. Alors que j’étais moteur, cette-fois-ci j’allais dans son sens. J’ai aussi compris ce qu’il voulait dire quand il exprimait ses difficultés. Moi qui étais si positive, je n’étais plus une épaule pour lui. Cela devait par ailleurs être rassurant pour lui de voir que je flanchais aussi. Et que tout cela était normal.”

“Je m’en voulais de ne pas culpabiliser de penser cela. J’avais pris soin de ranger les difficultés dans un coin de ma tête, j’étais aussi trop occupée dans ma vie de maman. On avait comme échappatoire les baby-sitters. Avec les confinements, nous n’avions plus cette option. La charge était énorme et les respirations trop rares : Tu n’as pas ta vie de femme, tu ne sors pas avec tes copines, tu n’as pas ton boulot qui est ton espace. Je ne pouvais pas m’épanouir.

 

“On n’a même pas eu la place de se dire : Est-ce qu’on s’aime ? Dans ce tunnel, on s’est posé beaucoup de questions dont l’éventualité de se séparer.”

 

Ne plus trouver sa place.

“On ne va pas se mentir, 2020 a affaibli notre couple comme jamais. Nous qui étions super forts, on s’est pris la vague de plein fouet. Jusqu’à se poser la question : “Est-ce que l’on va passer 2020 ? Cette période a été trop routinière, on n’a pas eu d’espace pour nous, pour soi, et pour voir d’autres gens. On n’a même pas eu la place de se poser la question : Est-ce qu’on s’aime ? On s’est mis en pilotage automatique pour passer les étapes. A la base, nous sommes très « famille”, toujours à préférer passer du temps ensemble qu’avec du monde. Nous pensions que ça allait être une force. On a toujours eu ce manque quand l’un ou l’autre partait en weekend. Mais là, personne n’allait nulle part. Or se manquer, s’absenter, se retrouver, vivre des choses chacun de son côté pour se les raconter, cela fait partie du couple. Ça le nourrit. A cela s’est ajoutée la logistique avec cette question qui s’est posée cette année dans beaucoup de couples de parents : On se situe où dans notre couple ? Ne sommes-nous que des parents ?

“Et dans ce tunnel, on s’est posé beaucoup de questions dont l’éventualité de se séparer. A ce moment-là j’ai vu dans nos regards que ce n’était pas tant le couple que l’on cherchait à fuir que toute cette logistique et cette charge. Si avant d’avoir des enfants, on n’avait jamais envisagé de passer une semaine sur deux sans eux, quand tu as la tête sous l’eau, tu peux être amené à reconsidérer les choses. Je me disais que séparer tu dois être un meilleur parent car tu n’as pas le couple à gérer. Car là est la difficulté selon moi :  gérer son couple et ses enfants. L’un et l’autre. Ce qui est ressorti de tout cela c’est que je ne savais plus comment utiliser mon temps personnel (en avais-je ?). Tu en viens à te demander : qu’est ce que je transmets à mes enfants ? De quoi je parle à mon mec ? C’est une sensation de vide, une zone de flou. 

Si notre couple s’est sorti de ce tunnel c’est parce que précisément, 2020 n’est pas une année de référence, elle est à part. Ce serait dommage de tirer des conclusions hâtives, de tout laisser tomber après 10 ans d’une histoire dingue. Cette “crise” on l’a évidemment vécue en famille : Thelma a dormi pendant 2 mois avec nous parce qu’elle avait peur qu’on se sépare. Elle venait vérifier si on était toujours ensemble.” 

 

2021, on croit en toi.

Je fais partie de ces couples qui se disent qu’en 2021, il va falloir raviver la flamme. Sans me mettre trop de pression. C’est aussi cette année que j’ai réalisé que le projet enfant était terminé. En prenant un peu de temps pour moi en fin d’année, je me suis aperçue que j’étais une meilleure mère et une meilleure compagne aussi. C’était ça la clé : je m’étais complètement oubliée. Or qu’apporte-t-on aux autres quand on s’oublie soi-même ? Durant cette année en mode automatique, je me suis posée cette question : n’a-t-on finalement pas besoin de sortir de ce tête-à-tête, de se voir avec du monde pour changer de perspective l’un sur l’autre ? Entre les confinements, on a fait des dîners avec des amis et effectivement, c’est important de placer le couple au sein d’un groupe pour le retrouver, être à nouveau séduit et séduire aussi. Là où la logistique ne prend pas le dessus. 

Après la tempête vient le calme mais aussi les bonnes résolutions : penser à soi. Pour mieux penser à l’autre. On s’est dit : “Fais-toi plaisir parce que je sais que si tu te fais plaisir, tu te sentiras bien avec moi, avec nous.”

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