Colères et tempêtes émotionnelles : Comment réagir ?

Les colères des petits peuvent vous surprendre et même vous déstabiliser. Cette phase d’affirmation de soi et d’explosion des émotions, qui peut commencer vers 18 mois, est tout sauf évidente pour les parents (#patience). Comment réagir ? On a posé la question à l’équipe de professionnels de santé spécialistes de la petite enfance de l’app May, voici leurs conseils.

Quand votre enfant explose, que se passe-t-il ?

Les explosions des petits ont parfois de quoi vous laisser perplexe. Il voulait le verre bleu, je lui ai donné le jaune, et il se roule par terre dans la cuisine … Pourquoi de tels débordements émotionnels ? Parce que le cortex préfrontal de votre enfant, la partie du cerveau qui est notamment le siège du raisonnement ou de la capacité d’inhibition, est encore très immature. Le cerveau reptilien, cerveau de la survie qui sonne l’alerte en cas de faim par exemple, et le cerveau limbique, siège des émotions, quant à eux, fonctionnent pleinement ! Votre enfant vit ainsi ses frustrations et émotions de façon très intense : il est dans l’incapacité physiologique de les maîtriser. Et ce jusqu’à 5 ou 6 ans (d’où l’âge de raison…). Notez que le cerveau rationnel n’est complètement mature que vers 25 ou 30 ans… vous n’en avez pas fini !

Colère ou caprice, cela a son importance …

Lors de ces débordements émotionnels, vous entendrez peut-être votre tante Josie vous recommander de ne pas céder aux caprices de votre enfant, qui sait très bien obtenir ce qu’il veut de ses parents. Le terme de caprice sous-entend que votre enfant vous manipule (ce que tatie Josie confirmera sûrement) : il se met à hurler dans l’objectif de vous faire céder.

Et bien tatie Josie a tort : grâce aux découvertes permises par les neurosciences, on sait désormais qu’un enfant est intellectuellement incapable de manipuler l’autre avant l’âge de 4 ou 5 ans. En effet, pour ce faire, il faudrait que votre enfant soit capable de se mettre à votre place et d’élaborer une stratégie pour vous amener à agir comme il le souhaite. Or, les jeunes enfants sont incapables de se “décentrer”, c’est-à-dire d’attribuer aux autres des croyances différentes des leurs. De nombreuses expériences le montrent. L’une des plus connues est la suivante : un chercheur présente à un enfant une boîte de smarties et l’agite. La boîte et le bruit des bonbons font pétiller les yeux de l’enfant. Mais lorsque le chercheur ouvre la boîte, l’enfant y trouve en fait des crayons. Le chercheur lui demande alors “nous allons faire entrer un autre enfant et comme je l’ai fait avec toi, je vais lui présenter la boîte de smarties et l’agiter. Selon toi, qu’est ce qu’il va penser qu’il y a dans cette boite?” Avant 4 ans, les enfants répondent “des crayons!”, après 4 ans “des smarties!”. Les plus jeunes ne comprennent pas que l’on puisse penser différemment d’eux. Ne pouvant se mettre à votre place, il leur est impossible de vous manipuler.

En d’autres termes, les caprices entendus comme volonté de nuire, n’existent pas. Lorsque votre enfant se met en colère c’est parce qu’il vit une réelle frustration liée à un besoin ou une envie non satisfaits, et il est dépassé par ses émotions. C’est pourquoi on parle plutôt de “tempêtes émotionnelles”.

Caprices ou tempêtes émotionnelles, on chipote et ça ne change rien au fait que ce soit difficile à vivre nous direz vous ? Pourtant cela change beaucoup de choses: comprendre que votre enfant n’agit pas contre vous peut vous aider à garder votre calme et éviter d’être dans un perpétuel rapport de force : vous êtes dans la même équipe, lui et vous, pour lui apprendre à maîtriser ses envies et gérer ses émotions #dans le même bateau.

 

Comment réagir ?

Quand vous dites non, votre enfant peut exprimer sa frustration plus ou moins fortement : il pleure, tape du pied, crie, ou même se roule par terre #mercilesupermarché. Pour commencer, soufflez un bon coup ! Ensuite :

 

  • Évaluez la nature de la frustration : est-ce qu’il s’agit d’un besoin qui mérite une réponse, même si un adulte, lui, aurait pu prendre sur lui (il a faim, il a besoin de dormir, un besoin d’attention …) ? Ou bien d’une envie (le énième bonbon) ?

 

  • Dans tous les cas, il est important de reconnaître et verbaliser la frustration : « je vois que tu avais très envie de ces bonbons, je comprends que tu sois déçu ». Pourquoi ? Parce que l’enfant ressent les émotions de façon très vive, et qu’il n’est pas capable de relativiser. Exit donc les “ça ne vaut pas la peine de se mettre dans un état pareil » qui n’arrangent pas la situation.

 

  • Accueillir l’émotion ne veut certainement pas dire céder ! Un cadre ferme et bienveillant est en effet très important pour permettre à votre enfant de se développer. Si vous n’êtes pas d’accord, expliquez-le lui clairement et calmement.

 

  • Mobiliser l’imaginaire “quand tu iras chez ton cousin tu voudras qu’on lui apporte quels bonbons ?” ou détourner son attention vers un autre objectif “le premier qui trouve le beurre a gagné!” peut vous être utile pour éviter la crise.

 

  • Si malgré tout votre enfant entre dans une colère noire, vos mots (et encore plus vos cris) seront vains. Pour l’aider à s’apaiser, ce qu’il a encore du mal à faire seul, la meilleure solution consiste à rester à ses côtés, et s’il l’accepte le toucher en posant une main sur lui ou en le prenant dans vos bras (l’ocytocine ainsi dégagée est en quelque sorte l’antidote du cortisol, hormone du stress qu’il sécrète alors à pleine balle). Au passage, devinez ce qui favorise le développement du cerveau rationnel qui permet à votre enfant de gérer ses émotions ? L’ocytocine … CQFD!
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  • Si la situation est difficile à vivre pour vous, n’hésitez pas à sortir du supermarché pour permettre à votre enfant de s’apaiser loin des regards des autres.

 

Comment aider son enfant à apprivoiser ses émotions ?

Mieux prévenir que guérir : une fois que la colère est lancée, il n’est pas toujours simple de l’apaiser (pour les enfants … comme pour les adultes!). Vous pouvez aider votre enfant à mieux reconnaître et vivre ses émotions :

 

  • En l’encourageant à les exprimer et les nommer. Pour cela, décrivez régulièrement les émotions et sensations que vous pensez qu’il traverse “je crois que tu es fatigué”, “tu sautes partout tu as l’air particulièrement content”. N’hésitez pas aussi à lui parler des vôtres “je ne sais pas pourquoi mais je suis un peu énervé.e aujourd’hui”.
  • En réfléchissant avec lui sur ce qu’il pourrait faire lorsqu’il sent la colère monter : respirer profondément, se réfugier dans un endroit à lui … De la même manière, n’hésitez pas à lui montrer l’exemple lorsque l’occasion se présente “je sens que je suis en train de m’énerver, je vais aller dans la cuisine respirer un bon coup et boire un verre d’eau pour me calmer”.

 

Enfin, pour prévenir les tempêtes émotionnelles, respecter l’équilibre physiologique des petits est sans hésiter l’une des clés, que l’on a pourtant tendance à oublier. La fatigue et la faim sont en effet à l’origine de nombreux débordements, pensez-y ! Évitez d’aller au supermarché à l’heure de la sieste ou du repas !

 

Prendre en compte votre propre état émotionnel

Tous les conseils précédents ne vous épargneront pas quelques tempêtes émotionnelles… Rester calme et accompagner votre enfant au cours de ces colères requiert beaucoup de patience et de disponibilité. Disons-le, c’est parfois très dur ! Si cela vous semble difficile, c’est tout simplement parce que ça l’est.

 

  • Lorsque vous sentez l’énervement monter chez vous, vous pouvez utiliser la technique suivante : dites-vous que votre objectif n’est pas de calmer à tout prix votre enfant, mais de rester calme vous-même (ce qui aidera votre enfant à s’apaiser) et de le maintenir en sécurité. Un petit mantra qui peut peut-être vous aider.
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  • Si vous le pouvez, faites-vous aider ou confiez vos enfants de temps en temps pour pouvoir souffler.
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  • Ne vous flagellez pas si vous vous énervez plus que vous ne l’auriez voulu de temps en temps. N’oubliez pas que votre enfant n’a pas besoin d’un parent parfait, mais d’un parent aimant, qui fait de son mieux. Si vous avez le sentiment d’avoir sur-réagi, n’hésitez pas à le lui dire : “On ne tape pas, c’est pour cela que je me suis fâchée ce matin. Mais je n’aurais pas dû crier, j’aurais dû te l’expliquer calmement.”

Même si les avancées, notamment des neurosciences, nous éclairent aujourd’hui sur ce que sont les tempêtes émotionnelles et sur les processus de maturation du cerveau, il n’y a pas une façon unique d’aborder les colères des enfants (l’occasion de débats infinis entre parents!). Chacun agit selon ses convictions éducatives et son contexte. Il est d’ailleurs très important d’être convaincu pour être convaincant ! Les enfants ont besoin d’une cohérence éducative pour se construire (aux mêmes comportements les mêmes réponses), ce que vous ne pourrez proposer que si votre éducation est en accord avec vos valeurs et convictions. Renseignez-vous bien sûr, mais n’oubliez pas de vous faire confiance !

 

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Photo : @thesimplefolk_

 

 

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