Elles font un bébé toute seule

 

Chez émoi émoi, on pense que tous les chemins mènent à l’amour. Dans  le podcast Parcours, produit et réalisé par Slate.fr, la psychologue Rachel Treves parle de toutes les PMA à travers les histoires de femmes et d’hommes. Aujourd’hui, on voulait parler d’un parcours en particulier : celui des mères célibataires qui entreprennent une PMA, seules. 

Non, non. On ne va pas se mettre à chanter du Goldman là comme ça. Le sujet n’est pas là. D’ailleurs le sujet n’est pas si partagé que cela. Pourtant, les mères célibataires qui ont conçu un enfant par PMA sont bien présentes. Dans son cabinet, Rachel Treves, psychologue spécialisée dans l’accompagnement des procréations médicalement assistées, en rencontre régulièrement. Des femmes qui, bien souvent, ne font pas le choix de concevoir un bébé « toute seule » (c’est-à-dire sans deuxième parent). Non. Des femmes dont le sujet s’impose à elle : l’âge, la rencontre amoureuse qui n’a pas eu lieu au bon moment, le désir vivace, le cœur qui se serre au fil des années qui passent, la maternité plus forte que tout et la force d’y aller, de se lancer. Et puis, a-t-on besoin d’une raison pour aimer ?

 

« Cela résulte souvent d’une longue décision, une attente. Des femmes qui atteignent la quarantaine ou qui s’en rapprochent. Cet âge charnière, quoi qu’on en dise, qui fait se poser des questions. »

 

Parce que le regard des autres peut-être, encore aujourd’hui, teinté de jugements du type : « C’est égoïste de faire un bébé seule. », « Ces femmes ne pensent qu’à elles mais ont-elles pensé à l’enfant ?”, Rachel Treves a créé un podcast qui parle de toutes les PMA et a consacré un épisode aux femmes célibataires qui deviennent maman grâce à cela. 

Chaque épisode de Parcours raconte quelque chose de nous. Rachel est passionnée par le sujet de la PMA depuis qu’il a croisé son chemin dès le début de sa carrière à l’hôpital Antoine-Béclère. Celui-là même qui a vu naître Amandine, le premier bébé éprouvette, en 1982. Pour la jeune psychologue, c’est une révélation. Elle entame aujourd’hui sa 13ème année d’accompagnement. « A travers ce podcast qui renoue avec l’intimité d’une séance dans un cabinet de psy, j’avais envie de faire connaître au monde ces parcours et de rendre hommage à ces équipes qui accompagnent des chemins parfois solitaires. » Un podcast qui partage des clés, des situations, des sentiments qu’il est difficile d’exprimer quand on passe par-là. Qu’en est-il du parcours si particulier des femmes seules qui entament une PMA ? « Cela résulte souvent d’une longue décision, une attente. Des femmes qui atteignent la quarantaine ou qui s’en rapprochent. Cet âge charnière, quoi qu’on en dise, qui fait se poser des questions. Devenir mère devient pour ces femmes un non-choix, poussé par un immense désir et l’envie de ne pas renoncer. »

 

« Au-delà du parcours médical, on comprend toute la déconstruction qu’il faut entamer pour bâtir un autre schéma de vie de parent. »

 

Au fil de notre discussion, on comprend qu’un mot plane inévitablement : la culpabilité. Hors des normes de conjugalité, ces femmes secouent l’opinion et véhiculent beaucoup d’idées reçues, non acceptables : « Nous sommes dans une société où la femme enceinte appartient à la sphère publique, tout le monde a un avis. Or, on ne fait pas un bébé toute seule pour être ensuite dans une fusion mère-enfant. De même que les catégoriser comme des mères égoïstes est affreux. » souligne Rachel Treves, avant de poursuivre : « Le regard pesant de la société sur ces futures mères les poussent parfois à douter de la légitimité de leur démarche. Cette culpabilité qui concerne de toute manière toute femme qui devient maman quel que soit le schéma familial est encore plus fort dans ce contexte. » Ces femmes deviennent mère poussées par le désir d’aimer. Ce même désir viscéral que d’autres femmes et hommes ressentent quand ils décident de faire un bébé. On vous invite à écouter le parcours de Cécile au micro de Rachel.  

A l’été 2021, la loi sur la bioéthique change : les PMA sont ouvertes aux femmes célibataires en France. Ce n’était pas encore le cas au moment où Cécile se lance dans son projet d’être mère. On suit cette femme dans ce chemin progressif : de la congélation de ses ovocytes qui, dit-elle, « accélère son envie d’être mère » à sa PMA en Espagne. Elle y fait une FIV avec un donneur anonyme. Au-delà du parcours médical, on comprend toute la déconstruction qu’il faut entamer pour bâtir un autre schéma de vie de parent  :  « C’est un parcours qui demande de dépasser tout un schéma que l’on s’est fait. Je m’étais imaginée faire un enfant avec un homme que j’aime. Le plus dur pour moi a été de dépasser ce sentiment d’échec, de ne pas avoir trouvé la bonne personne. Et finalement de faire le deuil de cette famille idéale telle que je l’avais imaginée. » Un sentiment d’échec, souvent palpable chez ces femmes.

On y écoute aussi l’accompagnement engagé du docteur Michael Grynberg, gynécologue et chef de service de médecine de la reproduction à l’hôpital Antoine Béclère. Malgré l’interdiction, à l’époque, d’accompagner ces femmes en France, il prend le parti de les suivre et de les aider. « Dans ma pratique médicale, je ne vois pas pourquoi je n’aiderai pas une femme qui est dans un projet, même s’il doit se faire à l’étranger. » Il retranscrit les ordonnances en français, leur permet d’avoir une prise en charge à 100%, partage ses conseils, leur donne confiance et leur propose des échographies de contrôle.

Aujourd’hui, une femme célibataire peut avoir recours à la PMA en France #hourra. Et on l’espère à tout le soutien qu’elle mérite. Notre nouveau message Né.e pour aimer porte cette idée centrale : Tant qu’il y a de l’amour, il y a de la vie. Et du bonheur aussi. 

 

Photo : @mer_mer_meredith

 

Publié le Ecrit par Amandine