Le jour où je me suis libérée d’un allaitement qui ne marchait pas.

Quand l’allaitement devient un poids, qu’il met de côté l’épanouissement, qu’il frustre et qu’il impose son rythme sans prendre en compte le temps de la rencontre avec son enfant, que faire ? Elodie retrace avec nous ses 4 mois d’allaitement, de tire-lait, de nuits blanches dans la cuisine, de tentatives. Et enfin, de lâcher-prise. 

S’accrocher alors qu’elle ne s’accroche pas (au sein)

Ma fille est née à terme, par césarienne, avec un petit poids. 2kg400 d’amour qui devait grimper de quelques centaines de grammes avant de pouvoir quitter la maternité. Très vite, on m’a demandé si je souhaitais allaiter tout en m’expliquant que ma fille devait être nourrie rapidement pour ne pas perdre trop de poids. Sans m’en avertir en amont, Prune a été nourrie dès sa naissance avec une pipette de lait de croissance artificiel alors que j’étais en salle de réveil. Protocole oblige, il me semble. Quand je l’ai mise au sein le jour même, elle a hurlé. Elle cherchait à téter, se fatiguait puis détournait la tête. J’avais le sentiment de ne jamais faire le bon geste. Les sages-femmes allaient et venaient dans ma chambre. Certaines plus patientes que d’autres. Certaines plus maladroites que bienveillantes. Je récupérais le colostrum que je lui faisais boire à la petite cuillère. Puis, face au refus de ma fille de prendre le sein, j’ai rapidement loué un tire-lait à la maternité. Sur les conseils des sages-femmes. Je lui donnais ensuite mon lait à l’aide d’une pipette. En parallèle, l’équipe tentait de m’aider à démarrer un allaitement au sein mais la prise de poids de mon bébé prenait le pas sur la manière de faire : sa courbe grimpait harmonieusement, peu importe comment la maman y parvenait. Ce que je comprenais complètement. Mais en attendant, Prune s’habituait à la pipette et refusait de plus en plus le sein. 

 « Ces passages répétés au tire-lait me paraissaient être une étape normale. Et non négociable. »

De retour à la maison, après 1 semaine à la clinique, je n’en démordais pas : cet allaitement me tenait à cœur, parce que ma fille me semblait fragile, parce que c’était, selon moi, la chose à faire à ce moment-là, la moindre des choses aussi #BonjourCulpabilité. Et puis, je n’étais pas plus bête qu’une autre (deuxième pensée constructive !). De la maternité, je suis partie sans contact de conseillère en lactation et sans ressources particulières.  Simplement avec un prospectus sur les différentes positions d’allaitement (« Et sinon, vous avez essayé celle-ci ? » #ouiiii). J’ai acheté des bouts de sein en silicone, pensant que mon téton n’était pas simple à « agripper ». C’était laborieux. Et ça ne marchait pas mieux. Alors, je tirais mon lait que je donnais dans des petits biberons. 

Je me souviens d’un jour, Prune devait avoir 3 semaines, où je l’ai sentie prendre le sein durant 5 bonnes minutes. Quelle satisfaction ! J’ai appelé mon compagnon dans la minute, il y avait dans ma voix un parfum de victoire absolue. Mais j’ai vite déchanté, ça n’a pas fonctionné les fois d’après. Alors, je me suis résignée à tirer mon lait toutes les 2h pour la nourrir exclusivement de lait maternel. Jour et nuit. C’était fatigant mais, après tout, je n’avais connu que cela. Ces passages répétés au tire-lait me paraissaient être une étape normale. Et non négociable. J’ai souvent frôlé l’engorgement car le tire-lait a tendance à beaucoup (trop) stimuler les seins. Et puis une nuit, alors que je tirais mon lait dans mon lit, j’ai vu du sang couler dans les petits biberons. Mon sang. J’ai pris peur. Rien de grave finalement mais j’avais sans doute trop insisté avec le tire-lait, trop fréquemment.

« J’avais un plan B, je pouvais désormais mixer. »

Un petit incident qui m’a fait acheter mon premier paquet de lait artificiel, un soir tard, dans une pharmacie de garde. Un petit incident qui se couplait à la difficulté de tirer assez de quantité de lait. #HS.  Je n’étais pas réfractaire mais j’étais malgré tout méfiante. Alors, j’ai lu la liste des ingrédients, avec un petit blocage sur la taurine (on ne peut pas trouver un nom eu peu moins…). Et puis Prune a été très sympa. Elle a bu son premier biberon de lait artificiel sans broncher. J’ai aussi fait beaucoup moins la grimace quand j’ai pu espacer mes séances de tire-lait. J’ai mixé allaitement naturel et allaitement artificiel. Petit à petit, j’ai entamé un sevrage doux et tellement reposant… Mes seins ne me faisaient plus la guerre, j’étais mille fois plus sereine en tant que mère. Tirer mon lait était devenue beaucoup moins contraignant psychologiquement. Je savais que je n’étais pas dans une urgence absolue de le faire. J’avais un plan B, je pouvais désormais mixer. 

Prune est passée 100% du temps au lait artificiel à ses 5 mois. Je n’avais pas pu accoucher par voix basse, je n’ai pas pu l’allaiter au sein. Aujourd’hui maman de 2 enfants, aux naissances similaires mais aux allaitements très différents (On se reparle du petit frère plus tard ?), je sais une chose : il n’y a pas de « normalité », de naissance plus « naturelle » que d’autres, d’allaitement choisi ou refusé. Il y a des situations particulières, des enfants différents, des mamans parfois seules, des accompagnants absents et de grands mystères. Sans doute les équipes médicales auraient-elles dû vérifier le frein lingual de Prune (quand il est trop court, il peut gêner l’allaitement), sans doute aurais-je pu consulter davantage de spécialistes. Mais chaque histoire s’écrit comme elle peut. Aujourd’hui Prune a 4 ans et je peux dire qu’avec le recul, seul l’amour compte. Le reste n’est qu’improvisation. 

Photo : @lorenscott_

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