Raphaëlle, sage-femme, répond à vos questions de futures et jeunes mamans

Raphaëlle est sage-femme dans une grande maternité parisienne de niveau 3. Il y a deux semaines, elles nous a envoyé un message. Celui d’un soldat rose qui, avec ses collègues, le dit haut et fort : nous serons là pour accueillir vos bébés et vous accompagner avec la même douceur, le même professionnalisme et le même coeur qu’en période ordinaire. Alors, comme on sait que ce temps hors-norme donne naissance à un milliard de questions chez vous, futures ou toutes jeunes mamans, on lui en posé quelques unes. En espérant vous donner les clés pour vivre ce moment unique le plus sereinement possible :

Dans votre maternité, qu’est-ce qui a changé dans la prise en charge des futures mamans ?

Nous avons réorganisé notre service avec l’objectif  de maintenir un suivi le plus habituel possible pour toutes nos patientes inscrites tout proposant une prise en charge la plus adaptée à celles qui ont été dépistées positives au coronavirus.  Nous avons mis en place une hotline qui fonctionne toute la journée afin de répondre spécifiquement aux questions liées à la grossesse et au Covid_19.  Cela permet aussi de décharger les appels aux urgences. Les consultations de suivi de grossesse au sein de la maternité ont été maintenues lorsque jugées nécessaires, toutes les patientes étant appelées, et leur situation traitée au cas par cas. Elles doivent cependant et malheureusement s’y présenter seules. En ce qui concerne le cas particulier du suivi échographique, nous insistons beaucoup sur le fait de maintenir les échographies prévues qui restent essentielles à la prise en charge adaptée de la grossesse, qu’elles soient faites en ville ou à la maternité.  Les consultations d’anesthésie sont maintenues mais uniquement par téléphone, les patientes sont appelées au jour et à l’heure prévues de leur RDV, et une plateforme a été mise en place sur internet pour les assurer. En ce qui concerne les visites des proches, que ce soit pour les hospitalisations pendant la grossesse ou après l’accouchement, elles ont toutes été interdites, les allées et venues constituant un grand risque de contamination.

Que faites-vous si une future maman est suspectée d’être infectée par le Covid_19 ?
Un parcours spécifiques est établi pour les patientes suspectées d’être infectées par le coronavirus. Elles sont accueillies dans un box dédié aux urgences, nous leur fournissons un masque, elles sont dépistées si symptomatiques, des ailes entières d’hospitalisation ont été protégées et réaménagées pour leur prise en charge spécifique, et le personnel y est isolé également sans possibilité de circuler dans les autres services. En salle de naissance, deux salles ont été spécialement aménagées pour elles, de telle façon qu’elles restent prises en charge comme il se doit, mais isolées des autres pour empêcher la propagation du virus. Parmi nos patientes effectivement infectées, la très grande majorité se porte suffisamment bien pour rester à domicile, et sont appelées tous les jours pour s’assurer de leur bonne évolution. Entre sages-femmes, nous avons mis en place un renfort toutes les nuits, s’occupant uniquement de notre « unité Covid », qui rassemble les patientes hospitalisées parce qu’elles nécessitent une prise en charge. Nous avons également mis en place une liste d’astreinte, et nous pouvons être appelées selon cette liste, si une femme atteinte de Covid-19 entre en travail, pour que l’une d’entre nous se détache du reste de l’activité et reste consacrée à elle, limitant ainsi les risques de propagation du virus. 
 
Quelle place est accordée au futur papa , puis au jeune papa. Ou accompagnant ?
 
Les recommandations vont plutôt dans le sens de maintenir la présence de l’autre parent durant l’accouchement, mais le choix est libre à chaque maternité d’adopter les mesures en fonction de leur structure. Pour en avoir discuté avec plusieurs consoeurs, il semble que la plupart des maternités essaient de faire au mieux pour ne pas séparer les conjoints (sauf cas particuliers quand l’un des deux ou les deux sont malades ou a risque bien sûr !). Dans notre maternité, nous avons choisi d’accueillir les pères une fois que le diagnostic de travail est établi, et que la patiente passe en salle de naissance (ou salle nature si pas de péridurale souhaitée). Ainsi, il peut passer tout le travail avec la future mère, l’accompagner lors de la pose de péridurale si voulue, et jusqu’à la naissance quelle que soit la durée du travail. Il peut également rester dans les deux heures suivant l’accouchement, et accompagner ensuite la montée en chambre et l’installation dans celle-ci pendant une heure ou deux.  Il devra ensuite quitter la maternité car nous ne pouvons pas les accueillir décemment confinés durant tout le séjour prévu. C’est pendant ce temps là du post-partum immédiat que nous favorisons au maximum son implication, et notamment le peau à peau que nous proposons et accompagnons d’autant plus maintenant, afin qu’il puisse créer un lien précoce avec son bébé, et garder aussi un souvenir impérissable de cette première rencontre qui sera ensuite un peu entrecoupée. Nous essayons de les valoriser aussi en leur confiant des missions au retour à domicile, comme faire le plein de sommeil pour prendre le relai efficacement au retour à la maison de la famille au complet. Préparer le cocon familial en anticipant plusieurs repas à mettre au congélateur, prévenir tout l’entourage, et tout ce qui peut alléger la charge mentale de la mère qui sera seule pour les premiers instants du petit. 
 
Si j’accouche sans le papa à mes côtés, comment vais-je pouvoir gérer la douleur et l’angoisse potentielle durant le travail ?
 
Il y  a beaucoup de choses à mettre en place à la maison pour la gestion du début du travail et tout ce qui a été appris en préparation à la naissance en couple peut tout à fait être utilisé à la maison. Au plus les femmes arrivent à accompagner leur travail sereinement à la maison avec leur conjoint, au plus elles auront de chance d’arriver au bon moment à la maternité, et de bénéficier de la péridurale si c’est leur choix.  La plupart des maternités acceptent les pères durant le travail donc une fois le point fait aux urgences, celui ci pourra rejoindre sa compagne et continuer à l’aider et l’accompagner, et si malheureusement ce n’est pas le cas, les sages-femmes sauront également trouver les mots justes, les petites combines de blouses roses et tout ce qu’il est possible de mettre en place pour soutenir les femmes dans ce marathon. Nous avons eu le cas d’un conjoint qui gardait l’aîné et ne pouvait pas être auprès de sa femme pendant le travail du deuxième : ils ont fait du chant prénatal sur Facetime, elle sur un ballon dans un box des urgences, et lui dans son canapé à 2h du matin ! On trouve toujours des solutions, on discute ensemble. Et on s’adapte. 
Les papas peuvent aussi laisser un t-shirt avec leur odeur pour le séjour à la maternité, il pourra être utilisé dans le berceau de son bébé, on fonctionne beaucoup comme ça avec les prématurés, et ça marche ! Certains papas font des petits enregistrements audio, une berceuse, une histoire, des mots doux, pour laisser un petit bout de lui à la maternité.
 
Que se passera-t-il si je dois accoucher en césarienne et que je suis seule pour m’occuper des premières nuits de mon bébé ? 
 
Pour les patientes césarisées effectivement il est d’autant plus difficile d’être séparées de leur conjoint car il est une aide précieuse. Ce sont des patientes auxquelles nous sommes déjà habituellement particulièrement attentives car nous savons que leur mobilité est plus limitée les premiers jours, et c’est le personnel soignant (sage-femme, infirmières quand il y en a, auxiliaires, et aides soignantes) qui prendra le relai. De notre côté nous nous mobilisons encore plus pour être disponible au mieux auprès d’elles, nous avons bien conscience des difficultés rencontrées. Evidemment qu’elles pourront faire appel à nous. Il faut aussi se rassurer, elles sauront faire l’essentiel pour s’occuper de leur bébé et se sentiront de mieux en mieux chaque jour ! Pour elles aussi, quand tout se passe au mieux, nous proposons une sortie plus précoce qu’habituellement (avec passage d’une sage femme à domicile), qu’elle puisse avoir l’aide du père le plus vite possible à la maison.
Puis-je insister pour maintenir le plus possible mon projet de naissance ? (Exemple : pas de péridurale, accouchement baignoire, accouchement dans la position que je souhaite, peau à peau …). 
 
Evidemment ! Peut-être qu’il sera  un tout petit peu réadapté aux conditions, mais un accouchement reste un moment unique qu’il faut vivre au mieux selon ce qu’on avait préparé, souhaité, tout en gardant en tête qu’on ne sait jamais comment se dérouleront les choses le jour J. Enormément de choses restent les mêmes, et on peut tout à fait prendre en charge un projet de naissance sans péridurale comme on a déjà l’habitude de le faire (d’autant plus si le conjoint est accepté pendant le travail). De manière générale, il faut que les femmes puissent verbaliser le jour J, discuter avec celles et ceux qui s’occupent d’elle pour évoquer ses choix, et que de notre côté on explique ce qui est faisable ou pas et pourquoi. Les patientes ont le droit à l’information la plus claire possible. Elle ont le droit d’avoir des souhaits spécifiques pour leur accouchement dans la mesure où cela assure leur sécurité et celle de leur enfant. Et de notre côté, nous seront très heureuses d’exercer notre métier « comme si de rien n’était » et d’accompagner un projet bien établi si on le peut !
 

Si le séjour à la maternité doit se dérouler sans le papa, comment gérer les premiers moments seule avec mon bébé sans trop de frustration ?
 
La plupart du temps, il est possible d’écourter le séjour à la maternité si toutes les conditions sont validées. Il reste bien souvent 48h à passer seule, avec un relai rapide à la maison et le soutien des sages-femmes libérales qui restent très présentes à domicile. Pour être très honnête, c’est vrai qu’il est assez difficile de se retrouver face à son tout petit dans une chambre inconnue après tous ces chamboulements, mais c’est aussi un très gros avantage de ne pas avoir les autres visites : beaucoup plus de calme, de sérénité, un rythme bien moins perturbé pour le bébé, un service beaucoup moins bruyant … et si nous avons de notre côté toujours autant (voir plus) de travail, nous sommes toujours là pour soutenir les mères, nous savons que la situations est très particulière, et nous arrivons à prendre le temps pour chacune et d’être à l’écoute comme il se doit. Ne pas avoir de va-et-viens incessants dans les couloirs nous permet aussi de régler beaucoup de situations difficiles d’allaitement en profitant de la quiétude de la  journée plutôt que de tout rattraper la nuit. Les mamans y arrivent toutes plutôt brillamment. Elles sont très fortes et tous ensemble, nous trouvons beaucoup de solutions. 
 

Que conseillez-vous de mettre en place pour créer le lien papa-bébé qui n’a pas pu se tisser le temps du séjour mater’ sans le papa ? 

Je pense que le relai se passera assez naturellement, la maman aura besoin de ce relai pour se reposer après deux (ou 3 ou 4 …) nuits seules avec son bébé. Ils peuvent tous les 3 se retrouver autour du bain par exemple, que la mère pourra guider après avoir appris ces gestes en maternité, ou lors des soins quotidiens (cordon, change, etc) pour que le père acquiert les mêmes réflexes que la mère. Cela fait comme une passation de savoirs, et permet de partager un moment à 3 avant de pouvoir se partager un peu le temps. Le portage et le peau à peau sont à mon sens des moments très enrichissants et valorisants à multiplier à fond pour créer un véritable attachement et se sentir indispensable. Les pères se seront impliqués en préparant le terrain, ils le feront en prenant le relai et instaurant des rituels qui leur sont propres (chansons, histoires, massages …). Pour beaucoup, les papas seront bien plus présents à domicile que ce qui est prévu dans notre société actuelle, alors finalement les mères seront peut être moins isolées que ce qu’elles sont déjà habituellement ! Les professionnels de santé restent disponibles, de nombreuses plateformes existent pour bénéficier de consultations en ligne, et dans toutes les maternités des psychologues très au fait des maux accompagnants la grossesse continuent à consulter par téléphone. Que les femmes n’hésitent pas, le coronavirus ne doit pas empêcher les mamans à prendre soin d’elles. Il faut parler, parler, parler, et ne pas rester seule quand on est submergée. Cela reste valable en période de confinement, qui nous ébranle déjà suffisamment tous personnellement.

Un dernier conseil ?

Si je devais donner un conseil à toutes ces parents en devenir, je leur dirai comme à tous habituellement, de se faire confiance. Ils ont eu le plus beau projet commun, ils vont vivre le chamboulement d’une vie dans le bouleversement actuel, mais ils ont tous la ressource de traverser tout cela ensemble. Ce temps, comme figé, oblige à se recentrer et cela peut être une bonne chose à l’arrivée d’un enfant. Dans nos vies à cent à l’heure on n’a jamais le temps de rien. Vous aurez le temps de vous découvrir et de vous aimer. Encore plus. 

Raphaëlle a ouvert depuis peu un compte Instagram @boumlecoeur qui met en mots ce que les sages-femmes et les futures mamans vivent au coeur de ce nouveau quotidien. A suivre évidemment. 

Photo : @emiliechoufleurlajolie

 
 

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