La première fois que j’ai rencontré mon bébé #4

 

On imagine cette rencontre pendant des mois. Ou pas. On l’appréhende, on s’impatiente, on la redoute, on l’attend…Et comme chaque naissance est différente, chaque rencontre l’est tout autant. C’est pour cela que l’on adore vous donner la parole. Pour raconter les premières minutes de ce temps qui s’arrête, de la magie mais aussi de ces émotions multiples et paradoxales qui font de nous des femmes et des hommes uniques et profondément aimants. 

« Hello Anita. Je suis ta maman, ton papa existe. Mais je vais t’aimer pour 1000, crois-moi »
« J’ai 41 ans. Et après un amour fou que j’ai perdu, je me suis retrouvée seule à 35 ans. Sans amoureux et sans perspective d’amour nouveau à l’horizon. Alors, comme beaucoup de femmes de mon âge – et même si tout le monde me maintenait que j’avais le temps – je me suis mise à entendre la petite horloge faire tic-tac. J’ai un peu paniqué et je me suis vue sans enfant.s. Et sans chat (je n’aime pas cela.) J’ai vu mon rêve de famille s’envoler aussi vite que mes jeunes années. Alors non je n’allais tout de même pas faire un enfant toute seule ! Pas moi. J’avais le temps voyons. J’ai rencontré des hommes. Pas mal d’hommes. Mais je ne suis pas tombée amoureuse. Je n’ai pas trouvé le bon comme on dit. J’ai valsé entre les histoires à la manière d’un poisson rouge : j’ai tourné en rond. Et un jour, alors que je filais le parfait amour avec moi-même, je me suis dit que j’avais très très envie d’accueillir un enfant dans ma vie. Mon enfant. C’était devenu très évident que, peu importe la forme que cela prendrait, peu importe si je ne le faisais pas avec un homme, je voulais être maman, débuter cette aventure et m’y plonger coeur et âme. J’avais 39 ans. Je me suis renseignée, j’ai pensé à l’adoption et en échangeant avec un gynécologue réputé pour aider les femmes comme moi à concrétiser leur projet, j’ai décidé de faire appel à un donner anonyme et de porter mon enfant. Ma grossesse a été l’expérience la plus zen de toute ma vie : j’étais bien, j’étais parfaitement en accord avec mon choix et mon corps, j’étais aussi très entourée, par des gens qui comprenaient ma démarche. Le jour J, j’ai senti que c’était le bon. D’abord des petites contractions, de plus en plus régulières puis la vague énorme. J’ai appelé ma meilleure amie Sophie. A 14h15, j’étais à la maternité. Un travail un peu long, une péridurale hyper efficace, des rires avec Sophie ma super coach…et à 20h11, les yeux de ma fille Anita qui plonge dans les miens. Et l’envie de lui dire que je suis sa maman, son tout, son ancre, qu’elle peut compter sur moi aujourd’hui, demain, après-demain. Et qu’ensemble on forme la plus fine des équipes. Je ne me suis pas sentie submergée. J’ai senti qu’elle était ok avec moi, que nous allions vivre ça ensemble. J’ai passé la nuit avec Anita contre moi, à sentir son souffle sur ma poitrine…quel bonheur fou. Je lui ai glissé à l’oreille : »Hello Anita. Je suis ta maman, ton papa existe mais je ne le connais pas. Mais je vais t’aimer pour 1000, crois-moi. » De ce jour, je garde la connexion ultime avec mes envies, ma vie et celle qui s’offrait à moi. Aujourd’hui, Anita a 3 ans. Nous avons passé sa première année en tête-à-tête puis Paul est venu se greffer avec fluidité à notre duo. Un homme exceptionnel qui est devenu son papa de coeur. Monica, maman d’Anita, 3 ans. 

 

« J’ai oublié ce laps de temps sans toi, cette rencontre décalée, ce moment auquel j’ai le sentiment de ne pas avoir participé. »
J’ai eu une césarienne sous anesthésie générale. Tout ce que je redoutais. J’avais rêvé cette rencontre depuis des mois, voire des années. Alors, quand j’ai vu que tout tournait mal, j’ai fondu en larmes : j’allais louper la plus belle rencontre de ma vie. L’accouchement trainait, le bébé était en souffrance et maintenant c’était moi qui craignais pour ma vie. Alors, il fallait aller vite, ne pas perdre une seconde et m’endormir tout de suite. Ma première rencontre n’a pas eu lieu à ton premier souffle. Tu as dû attendre un petit peu avant de croiser mes yeux, avant que je te prenne dans mes bras. Mais il y a une chose qui me réconforte, c’est que je sais que tu as vécu la plus belle des rencontres avec ton papa. Qu’il a tout donné : son amour, sa douceur, son réconfort, qu’il a tout multiplié par deux. Alors, quand il est entré dans la chambre avec ta frimousse nichée dans ses bras, j’ai oublié ce laps de temps sans toi, cette rencontre décalée, ce moment auquel j’ai le sentiment de ne pas avoir participé. Je me suis concentrée sur le moment présent, j’ai fondu en larmes et j’ai souri en même temps. Et comme pour me rassurer, tu m’as offert le plus doux des regards. Alors, tout est passé… Marine, maman de Lison, 14 mois.

« J’avais envie qu’on me laisse tranquille. Ou alors qu’on retourne la scène une seconde fois. »
La première rencontre avec mon fils,  je m’en souviens sans m’en souvenir. Et comme je m’en veux parfois ! Je sais que l’on est censé graver en mémoire chaque détail. Moi, je me souviens surtout de mon immense fatigue. J’étais exténuée par un travail laborieux, long, épuisant. Je me sentais shootée, au bout de ma vie, loin de la réalité. Quand la sage-femme t’a posé sur moi en me disant « Félicitations Madame ! », je crois que j’étais loin de tout ça. Je n’étais plus dans cette salle, j’étais dans ma tête, enfermée dans un ailleurs avec l’impossibilité de vivre ce qui se passait là. Je me souviens vaguement avoir caressé tes petits cheveux, avoir trouvé ça dingue. Mais je me souviens aussi me sentir mal, à la limite du malaise et dire à mon mari : « prends-le, vite prends-le ». Pas que je n’avais pas envie de t’avoir contre moi mais  je me sentais si faible, si déconnectée que j’aurais pu te faire tomber. Ma tête n’était pas en adéquation avec mon corps. J’avais envie qu’on me laisse tranquille. Ou alors qu’on retourne la scène une seconde fois. Ce n’est que quelques heures plus tard, après avoir un peu dormi, que j’ai réellement fait ta rencontre, mon amour.  Louise, maman de Pierre, 2 ans. 

 

« J’ai lâché ta main qui pourtant avait besoin de la mienne. J’ai abandonné mon poste sans avoir vraiment le choix. » 
Je m’étais fait des milliards de films sur cette rencontre. J’étais obnubilé par une chose : ne pas m’évanouir, ne pas flancher, être le roc, le soutien, le pilier de ma femme qui allait courir le plus dur et le plus beau des marathons. J’avais le sentiment d’être le coach dans cette histoire sans pour autant avoir suivi de formation. Et puis tout est allé super vite après de longues heures de travail. En quelques minutes tout a basculé : il fallait se mettre en place, que tu pousses vite, qu’il sorte. J’ai soufflé avec toi, j’ai tenu ta main, j’ai certainement dit des banalités (je ne m’en souviens plus). J’ai mis le paquet sur le coaching…et puis j’ai flanché, j’ai senti mes jambes se ramollir comme du coton. Et au milieu de la course folle, une sage-femme a dû s’occuper de moi, m’assoir, m’éponger. J’ai lâché ta main qui pourtant avait besoin de la mienne. J’ai abandonné mon poste sans avoir vraiment le choix. Puis j’ai entendu son premier cri et mes jambes sont redevenues des piliers. En deux secondes, j’avais retrouvé mes esprits. En deux secondes je ne voyais plus qu’elle. Elle et toi. Et mes larmes qui ne s’arrêtaient pas. Promis pour le deuxième, je ne flancherai pas. Nico, papa d’Olivia, 1 an et demi. 

 

Photo : Wanted !

0 commentaires

Laissez un commentaire