La première fois que j’ai rencontré mon bébé #6

On imagine cette rencontre pendant des mois. Ou pas. On l’appréhende, on s’impatiente, on la redoute, on l’attend…Et comme chaque naissance est différente, chaque rencontre l’est tout autant. C’est pour cela que l’on adore vous donner la parole. Pour raconter les premières minutes de ce temps qui s’arrête, de la magie mais aussi de ces émotions multiples et paradoxales qui font de nous des femmes et des hommes uniques et profondément aimants. 

 

« Mon conjoint a fait en sorte que les souhaits soient respectés : accouchement dans la salle « nature » et pas de péridurale. »
« Je ne m’imaginais pas du tout un accouchement aussi rapide. Après un réveil dans la nuit, un passage dans le bain, puis sous la douche, à marcher dans la maison, je me suis résignée à réveiller mon conjoint. Ces contractions étant 3 semaines avant le terme, il n’y croyait pas vraiment et a pris (un peu trop) son temps. Nous sommes arrivés très rapidement à la maternité, il était 3h du matin. Vérification du col, monitoring, la poche des eaux qui se perce… et accouchement dans la foulée. Tout s’est ensuite enchaîné. Mon conjoint a fait en sorte que les souhaits soient respectés : accouchement dans la salle « nature » et pas de péridurale. J’étais incapable de réfléchir entre la douleur des contractions et la rapidité des événements. A 4h59, notre Charlotte est née. Un moment ultra émouvant pour mon conjoint qui a tenu notre fille dans ses bras dès les premiers moments. Moi, j’étais un peu sous le choc, et peut-être aussi un peu ailleurs avec les effets du gaz hilarant. Lorsqu’on a posé ma fille sur moi, ma première phrase a été : « Je ne la vois pas, Je n’ai pas lunettes ». On repassera pour le côté émouvant,  l’amour est arrivé tout de suite après. Pas de doute, je l’aimais déjà d’un amour fou. Fleur, maman de Charlotte.

« Procidence. La tête de la sage-femme qui se décompose. Ce mot que je n’avais jamais entendu de ma vie raisonne dans cette pièce. » 
« Tout allait si bien. Une rentrée à l’hôpital à 14 heures. Je me prépare le matin à mon aise, sans me douter que j’allais faire la rencontre de ma vie le jour même. On me programme car un long week-end arrive, et que mon bébé est déjà gros. On passe l’après-midi à regarder Netflix, à rigoler, je ne sens pas les contractions. Je suis déjà à 5 quand on me dit qu’on peut avancer les choses en perçant la poche des eaux. Je viens de passer l’après-midi dans la joie et l’insouciance, à l’image de la grossesse, et je bascule en 6 minutes dans une réalité que je ne soupçonnais pas. Procidence. La tête de la sage-femme qui se décompose. Ce mot que je n’avais jamais entendu de ma vie raisonne dans cette pièce. Je ne comprends pas ce qu’il se passe, le monde s’agite autour de moi, je vois des gens courir, s’habiller en urgence, crier « code rouge ». La sage-femme garde son avant-bras enfoncé en moi lorsqu’on me transfère en un temps record vers un brancard. Je ne sens rien, la péridurale commençait à peine à faire effet, elle reste à 4 pattes devant moi lorsque tout le monde pousse mon lit en courant dans le couloir. J’ai peur, je ne comprends pas, le temps presse au point que personne ne pense à me parler. J’entends la sage-femme crier « Où est le médecin? », « Il s’habille » , « On n’a pas le temps pour ça!!! », il arrive en courant , m’ouvre, dans un dernier cri, j’hurle : Je sens tout, au secours, je sens tout. Cette péridurale oui, qui commençait à peine à faire effet… et le réveil, deux heures plus tard…On me pose un bébé sur moi, ou peut-être que je m’en souviens grâce aux photos. Mon compagnon a les yeux rouges, il a paniqué. On reprend mon bébé, on le redonne à son papa qui continue le peau à peau qu’il a commencé une fois notre bébé réanimé, son entrée au monde un peu trop tumultueuse. L’anesthésie me fait encore délirer, je ne réalise pas ce qu’il s’est passé. Je ne réalise pas qu’un camion vient de rouler sur mon corps, qu’il me faudra des mois pour m’en remettre, que je vais enchaîner des douleurs invisibles. Mon bébé, il manque des pièces au puzzle de notre rencontre, certains faits m’ont été rapportés en pièces détachées grâce à tous les intervenants qui ont sauvé ta vie et la mienne. Cela fait neuf mois que tu es là, un vrai tourbillon de vie. Merci à mon corps, si fort, d’avoir tenu le coup, d’avoir créé un être si merveilleux. On s’attend à tout sauf à ça, le temps apaisera mes maux tout comme l’amour grandit chaque jour… Nadège.

« J’ai loupé la grossesse, je ne vais pas passer à côté de l’accouchement de ma femme ! « 
Cette grossesse, on ne va pas se mentir, je ne l’ai pas vu passer. J’étais là sans être là. Pas super à l’aise, sans doute un peu effrayé, carrément sur la touche même. Et plus les mois filaient, plus je sentais que je m’en éloignais. Pourtant, l’amour que j’ai pour ma compagne et l’envie de fonder une famille n’a jamais été un sujet : j’étais à la bonne place, au bon moment avec la personne parfaite. Mais, il y avait quelque chose qui m’échappait. Je n’arrivais pas à m’investir comme je le souhaitais. Tout m’échappait et ce bébé me paraissait virtuel malgré les échographies et les petits coups que je sentais sous ma main. Je crois avec le recul que je m’interdisais de le rendre « réel », je craignais le pire. Je suis du genre à voir le verre à moitié plein. Le jour J, j’ai eu un électrochoc. Ok, les contractions se rapprochent, ma femme a mal…il arrive. IL EST LÀ. Et moi, j’ai intérêt à ne pas faillir. J’ai loupé la grossesse, je ne vais pas passer à côté de l’accouchement ! J’ai accompagné ma femme comme j’ai pu. J’ai soutenu, j’ai submergé de baisers, j’ai soufflé, j’ai expiré, j’ai tenu la main, la tête, j’ai transmis ma force, j’ai susurré des mots d’encouragements, j’ai accepté qu’elle me déteste un instant, j’ai supplié les sage-femmes de lui faire une péridurale, j’ai insisté, j’ai même tenté de les acheter ! Bref, j’ai donné comme j’ai pu. Et puis sur une dernière contraction de ma femme, Alice est arrivée. J’ai senti 15 000 tonnes tomber de mes épaules. Tout le poids de cette attente incertaine…J’ai pleuré, j’ai coupé le cordon. Et je ne l’ai plus lâché d’un fil. Marco, papa d’Alice, 1 an. 

« Pendant des heures et des heures, on surveille ce petit coeur qui bat à travers mon ventre. » 
J’ai vécu mes toutes dernières semaines de grossesse pendant le confinement.
Puis le lendemain du déconfinement, c’est un bébé extrêmement discret dans mon ventre qui me donne le signal. Direction les urgences obstétriques. Le papa et moi sommes séparés dès la salle d’attente, car les mesures anti Covid ne sont pas encore totalement levées. Monitoring, échographies… et finalement, bébé en détresse cardiaque. Pendant des heures et des heures, on surveille ce petit coeur qui bat à travers mon ventre. La nuit venue, la sage-femme vient me dire : « Appelez votre mari, nous vous posons la péridurale. » C’est  que j’ai commencé à réaliser ce qui allait se passer. Poser une péridurale alors qu’il n’y a pas de douleur ? Cela sent la césarienne d’urgence ! Le papa s’est précipité dans le service en plein milieu de la nuit, masqué, pour me tenir la main avant qu’on ne m’emmène au bloc. Il a fallu à peu près 10 minutes d’angoisse intense avant que la sage-femme dise : « Il est né! » et qu’on amène mon bébé près de ma tête, de l’autre côté du drap qui cachait ce ventre désormais inhabité. Quelques secondes d’intense douleur au moment d’extraire les derniers témoignages de ma grossesse, m’ont valu une sédation, je n’ai pas vu la sage-femme emporter mon fils hors du bloc. A mon réveil, on m’emmène sur le brancard à la rencontre du papa, toujours masqué, en peau à peau avec notre fils. J’ai moi aussi droit à un câlin très bref, avant que l’on nous sépare à nouveau. Mon fils est resté en néonat jusqu’au lendemain…Qu’importe la césarienne toute fraîchement subie, le service était un étage plus bas. L’après-midi même, je bravais la douleur pour aller serrer mon fils dans mes bras. C’est étrange de voir ce petit être en couveuse et de se dire que c’est moi sa maman. Ce sentiment maternel a mis un peu de temps à s’installer, mais ce premier câlin a symbolisé le début de notre histoire si particulière. Mathilde, maman de Harry, 3 mois.

@kelleequinnphotography

 

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