Margaux Bounine, maman d’Anouk et agricultrice du 21e siècle

C’est quoi l’agriculture du 21e siècle ? On a posé la question à Margaux. Cette jeune maman nous raconte aussi son parcours, des bancs de la fac de droit aux champs de la Dordogne où elle a créé une micro-ferme. De quoi inspirer un peu, beaucoup d’envies de faire changer les choses à notre échelle.

Le moment où tu as su que tu voulais devenir agricultrice ? Ou le chemin pour arriver à cette décision ?

L’évidence a émergé pendant mes voyages en Amérique du Sud, après mes études de droit. J’y ai réalisé différents projets d’éco-volontariat dans des espaces naturels protégés, des refuges d’animaux, des fermes, et j’ai compris l’impact de l’agriculture sur la préservation de la biodiversité, la santé humaine, mais aussi l’économie, le lien social, l’éducation. À mon retour en France, j’avais envie de continuer à apprendre donc j’ai fait un master en gestion territoriale de la biodiversité à la Sorbonne. 

Tu as aussi réalisé un tour de France des happycultors après ton retour. Peux-tu m’en dire plus sur ce projet ?

L’idée, c’était de réaliser un tour de France des pionniers de l’agriculture durable pendant un an. J’ai végétalisé ma voiture pour l’occasion, et elle m’a beaucoup aidé à rentrer en contact avec les gens ! J’ai alterné du travail bénévole, des formations et ce projet m’a permis d’avoir une vision très large de l’agriculture, de découvrir différents métiers. Et de faire de très belles rencontres !

J’ai ainsi rencontré mes deux acolytes actuels, Hugo et Gaspard dans une association qui organise des formations à la permaculture, Terre Paille et Compagnie. On réfléchissait tous les trois à monter une ferme. Nos compétences étaient assez complémentaires, donc on a décidé de se lancer ensemble !

On a créé la Ferme de Marcillac, notre micro-ferme de cinq hectares inspirée de la permaculture. On y cultive des légumes, on a un verger et on a créé un élevage de poules pondeuses en pâturage dynamique : on change le poulailler de place chaque semaine pour leur offrir le terrain le plus nutritif possible. C’est également bénéfique pour le sol car les poules le fertilisent et empêchent certains insectes d’y proliférer.

À quoi ressemble une journée à la Ferme de Marcillac ?

C’est un peu freestyle parce qu’on a toujours de nouvelles choses à apprendre. C’est ça qui est passionnant.

Le travail change en fonction des saisons. L’été, on a beaucoup de cultures car les journées sont longues et le climat est favorable. On se lève très tôt pour faire certaines récoltes, notamment dans les serres, sans avoir trop chaud. Dès 6h du matin, on sort les poules ! Et on sème, on plante, on vend nos produits.

L’hiver, on travaille un peu moins, plutôt à l’intérieur. Mais puisqu’on a commencé sur une prairie vide, sans bâtiment, on construit des infrastructures comme nos 2 serres.

Qu’est-ce qui distingue la Ferme de Marcillac des exploitations agricoles classiques ?

La surface de culture est beaucoup plus petite. Les cultures sont aussi plus denses, ce qui est possible car on travaille à 90% à la main. 

Ce qui nous motivait beaucoup pour lancer ce projet, c’était de ne pas travailler le sol. Cela a pourtant été fait depuis 12 000 ans que l’agriculture existe donc c’est un peu révolutionnaire ! On ne laboure pas le sol, on le couvre pour favoriser le développement de la vie microbienne nécessaire à son aération. Après 1 an et demi, notre sol réagit très bien.

Et on n’utilise que des engrais naturels : du fumier et du broyât de déchets verts. On n’applique aucun produit chimique sur nos cultures. À la place, on utilise des purins. Ce sont des décoctions de plantes qui servent à fortifier les cultures, à stimuler leur immunité, notamment lorsque les conditions climatiques sont rudes.

Le truc que tu aurais aimé savoir avant de te lancer ?

Je dis souvent qu’à nous trois, on cumule 20 ans d’études, sauf qu’on n’a jamais eu de cours sur le faire ensemble et le vivre ensemble. Et c’est notre plus grand défi au quotidien. Bien sûr, le métier d’agriculteur est très complexe car on travaille avec le vivant et on ne maîtrise pas tout. Mais ça s’apprend bien avec la passion. C’est plus difficile de rester alignés, de bien communiquer, de gérer les frustrations, de séparer travail et vie perso.

De l’idée à la réalité, est-ce que ta reconversion s’est passée comme tu l’imaginais ?

J’ai la satisfaction d’avoir contribué à la création d’une micro-ferme vertueuse sur pleins d’aspects. Mais depuis qu’Hugo et moi sommes devenus parents d’une petite fille, mes envies ont changé. L’agriculture est un métier très prenant. Depuis la naissance d’Anouk, je réfléchis à comment passer plus de temps avec elle tout en ayant une activité rentable.

Cela pourrait passer par la création d’un verger permaculturel où réaliser des ateliers. Et par des ateliers de jardinage, à la ferme et avec l’association Happycultors qu’on a monté tous les trois après mon tour de France.

Cette année, on prévoit de créer un potager participatif sur un espace adjacent à la crèche du village et au centre aéré. Sur les premiers ateliers que j’ai déjà organisés, j’ai vu à quel point les enfants sont heureux d’être dehors, d’arroser les plantes… C’est important de leur permettre de construire ce lien à la nature. Produire des légumes, ça représente des milliers d’heures de travail. J’ai envie de créer des supports pour mieux le valoriser.

C’est qui selon toi, l’agriculteur du 21e siècle ?

C’est quelqu’un qui produit une matière première, mais pas seulement. Il a conscience qu’il peut faire plus avec son métier, peu importe le secteur. Il va avoir un impact positif sur la biodiversité grâce aux haies et aux arbres qu’il a plantés autour de son terrain, il va préserver la ressource en eau en n’utilisant pas de produits chimiques qui polluent ce bien commun… Il ne se limite pas a la production, il a un impact positif à plusieurs échelles.

Des conseils pour faire changer les choses, même lorsqu’on habite en ville ?

Au départ, je voulais produire en ville. Apporter du vert dans un milieu très minéralisé. Je pense qu’on a tous besoin d’une dose de nature dans son quotidien, d’autant plus que le végétal permet de diminuer la pollution urbaine, la chaleur, de se reconnecter au rythme des saisons, au vivant. Donc toute activité de jardinage, même sur son balcon, est bénéfique. Pas besoin de devenir agriculteur. Dès qu’on décide de mettre un peu de vert autour de soi, c’est déjà chouette !

Une action que l’on peut tous faire dès maintenant, c’est de diminuer le gaspillage alimentaire. Ça permet de consommer de manière plus juste et d’économiser aussi.

Et pour moi, toute action solidaire est un acte militant. Peu importe le domaine d’action : l’alimentation, la santé, la gestion des déchets, l’éducation… Je pense que les solutions les plus intéressantes pour aller vers une société durable émergent de l’intelligence collective.

Pour suivre Margaux :

Sur son site happycultors.com
Sur Instagram @happycultors
Sur place en Dordogne. Une vente est organisée tous les mercredis de 16h à 19h à la ferme de Marcillac au lieu-dit Pascal, 24170 Pays de Belvès

 

Source : @happycultors

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