Margaux, maman de Eléanore et de Jude : Se séparer pour être plus heureux.

Margaux

Comment se séparer sereinement quand on a deux jeunes enfants ? L’histoire de Margaux ne donne pas la recette miracle. Elle met juste en lumière une phrase essentielle : des parents heureux rendent les enfants heureux. Une tempête, des nuits blanches et des ajustements plus tard, la jeune maman d’Eléanore et de Jude retrace avec nous l’épisode d’une vie recomposée. Et le nouvel amour retrouvé. 

Comment est née ton histoire de maternité ?
Je voulais des enfants avant 25 ans. Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu la fibre maternelle. Je pensais déjà à la maternité alors même que j’entamais mon adolescence ! Je  viens d’une famille de sages-femmes sur 3 générations. Les bébés ont toujours fait partie de mon histoire. J’ai perdu ma mère à 16 ans et cela n’a sans doute pas été étranger à mon besoin de recréer un cocon.  J’ai rencontré John, le père de mes enfants à 19 ans. Il en avait 26.  On a beaucoup voyagé ensemble. Après un road trip en Asie, j’ai fait une école de pâtisserie française à l’École Nationale Supérieure de Pâtisserie. Je suis tombée enceinte d’Eléanore après deux ans et demi de relation.  Cette grossesse, nous l’avons souhaitée sans nous poser de questions. Je suis une fille spontanée et j’aime aller au bout de mes envies. Mon histoire avec John, je savais que je devais l’écrire, quelle qu’en soit l’issue. Nous souhaitions composer une fratrie rapprochée, et Jude est arrivé 2 ans après sa soeur. Entre-temps, je me suis lancée dans l’aventure de mon concept shop Rose & Cabbage. 

A quel moment t’es-tu posée des questions sur ton couple ?
Notre vie à deux, puis à quatre, a toujours été rythmée par des projets. John m’a toujours accompagnée dans mes envies. Alors, une fois que notre famille et notre vie professionnelle étaient sur les rails, une fois que nous avions réalisé nos envies de voyages, je me suis dit : « C’est quoi l’étape d’après ? ». Jude avait 9 mois quand j’ai commencé me poser des questions sur mon couple. Mais c’était trop tôt pour envisager une rupture . Une fois la question sur la table, il fallait néanmoins que je trouve des réponses. Pour ne rien regretter, nous avons entamé une thérapie de couple. Aucune dispute n’éclatait, aucun conflit ne nous gâchait la vie mais malgré tout, j’avais le sentiment que nous étions davantage des partenaires de route qu’un couple d’amoureux. Nous avons tout essayé pour que ça marche mais je n’étais plus amoureuse. Il n’y pas eu de trahisons, juste une super histoire qui se terminait. J’avais 26 ans et je savais, (j’espérais en tout cas), que j’avais encore de belles choses à vivre. 

Une fois la rupture décidée, à quoi ressemblaient les jours d’après ?
La première année a été difficile. John n’acceptait pas ce choix. Il avait un schéma clair dans sa tête : On fait des enfants, on reste ensemble toute la vie. Je comprenais mais je ne pouvais pas faire autrement. J’avais l’intime conviction que John avait encore des choses à vivre de son côté. Quand je pense à cette période, j’ai le sentiment d’avoir été égoïste. Mais comment faire autrement ?

Comment avez-vous annoncé votre séparation aux enfants ?
Pour moi, la maternité vient inévitablement avec la culpabilité ! Elle ne te quitte plus dans tes choix. Quels qu’ils soient. Cette séparation, je l’ai portée comme une charge de culpabilité énorme. Mais avec John, nous étions parfaitement alignés sur le discours à tenir. On s’est installés sur le canapé et on leur a simplement expliqué qu’il arrive que des parents ne s’aiment plus, qu’il s’agissait d’ histoires d’amoureux mais que, quoi qu’il arrive, les parents aiment toujours leurs enfants. Pour Jude, 2 ans, l’annonce est passée  comme une lettre à la poste. Ça a été plus compliqué pour Eléanore. Elle sentait depuis quelques temps les tensions derrière les silences et somatisait en se plaignant de maux de ventre. C’est une petite fille très sensible et les premiers mois ont été difficile à vivre pour elle.

Comment s’est matérialisée la séparation ?
Je suis partie et j’ai pris un appartement. Ma priorité a toujours été de leur apporter un maximum de sécurité et de confort. Même si j’ai dû déménager dans un appartement bien plus petit, j’ai toujours essayé de leur construire un cocon dans lequel ils se sentent bien. 

Semaine A / Semaine B ?
Au moment de la séparation, je travaillais le week-end. Nous coupions les temps de garde en plein milieu de la semaine. Ce n’était pas évident pour les enfants. C’est toujours moi qui venais les chercher et les ramenais « chez eux », dans la maison où nous vivions tous les 4. Eléanore m’en voulait et me rejetait. Elle ne voulait pas venir avec moi. C’était moi qui rendais son papa triste. À ce moment-là, j’ai eu l’impression d’être auto-centrée et de faire passer ma liberté avant le bien-être de mes enfants. Je regrette aujourd’hui de ne pas les avoir protégés assez. 7 mois après notre séparation, j’ai eu des horaires de travail plus classiques et nous avons organisé la garde 1 semaine sur 2. On a pu trouver un équilibre. Les choses se sont apaisées.  Même si en toile de fond, je ne pouvais m’empêcher de me demander : « Suis-je un aussi bon parent que leur père ? ». Je fais comme beaucoup de parents, garderie le soir et centre aéré le mercredi. Chez leur papa ils ne vont pas à la garderie et ne sont pas gardés les mercredis alors c’est vrai qu’ils ont des grosses semaines quand ils sont avec moi et ça me culpabilise un peu parfois… #ahlaculpabilite

 

« À ce moment-là, j’ai eu l’impression d’être auto-centrée et de faire passer ma liberté avant le bien-être de mes enfants. » 

 

En tant que femme, comment as-tu vécu cette nouvelle vie, seule ?
J’avais une phobie de la solitude et je craignais quelque part de ne devoir compter que sur moi-même. En même temps, j’avais l’impression d’avoir toujours été assistée. Là, je faisais quelque chose seule. Je ne me voyais pas faire de concession, que mes enfants aient une maman malheureuse. Quand la situation ne me convient pas, il m’est impossible de laisser la situation stagner. Aujourd’hui, je sais que je peux entreprendre des choses seules. Et c’est une sacrée force. 

T’es-tu sentie entourée, épaulée durant cette période ? 
J’ai été très entourée par mon amie Marie-Estelle (du site Yellow Flamingo) qui a été un soutien essentiel pendant cette période. C’est une amie en or à qui je dois beaucoup. C’est toujours vers elle que je me tourne quand j’ai besoin de conseils dans ma vie. Je n’ai jamais ressenti de jugement mis à part ceux que je me suis infligée à moi-même : « Seule avec 2 enfants à 26 ans, je suis foutue. Je ne retrouverai jamais quelqu’un qui acceptera mes enfants »… Mais la vie m’a réservé de belles surprises !

Tu as rencontré Benjamin. Comment débute-t-on une histoire d’amour quand on est maman de deux enfants ?
J’ai rencontré Ben sur Tinder. On s’est vus, on s’est tout de suite plus. Ce soir-là, après un bon dîner au restaurant, on est partis danser jusqu’à 4h du matin. Les semaines sans les enfants, on se voyait chez lui. 3 mois plus tard, Ben a rencontré les enfants. Le contact a tout de suite été simple même si naturellement, il lui a fallu du temps. Se mettre en couple avec une femme déjà maman de 2 enfants, ce n’était pas dans son scénario. C’est un homme très libre et indépendant. S’investir avec moi cela signifiait aussi accepter que je ne partirai jamais de Lyon. Mais il a accepté la situation. On a emménagé ensemble après 1 an de relation. Au moment du premier confinement. Résultat de cette nouvelle cohabitation singulière : on a acheté un appartement !

 

« Je n’ai jamais ressenti de jugement mis à part ceux que je me suis infligés à moi-même : « Seule avec 2 enfants à 26 ans, je suis foutue. Je ne retrouverai jamais quelqu’un qui acceptera mes enfants »… Mais la vie m’a réservé de belles surprises ! »

Comment se passe la co-parentalité avec le papa ?
Aujourd’hui, je suis fière de dire que j’ai réussi ma séparation. Avec John, le papa, nous n’avons jamais pris à partie les enfants dans nos histoires de grands. Au même titre que nous étions de très bons partenaires de vie quand nous étions un couple, nous sommes aujourd’hui unis dans notre mission de parents. On s’envoie régulièrement des photos des enfants, des vidéos et surtout, on se consulte et on s’accorde sur chaque aspect de l’éducation des enfants. 

Ben, Eléanore, Margaux et Jude

Et cette nouvelle famille recomposée ?
Ben et John se sont rencontrés avant que Ben ne rencontre les enfants, et se respectent, tout comme je respecte la nouvelle compagne de John, Valentine. Notre priorité à tous c’est qu’il y ait une bonne entente pour le bien-être des enfants, et c’est le cas. Je pense que nous faisons les choses intelligemment tout simplement. Les enfants n’ont aucun souci de loyauté d’un côté comme de l’autre car on intègre chacun dans l’histoire de la famille et tout se passe très bien.

De quelle manière Benjamin a-t-il abordé sa place dans cette nouvelle famille ?
Au quotidien, Ben s’implique dans les moments de jeux et d’échanges mais c’est bien sûr moi qui gère les tâches quotidiennes du parent et leur éducation. Il a réussi à trouver le juste équilibre pour devenir un vrai adulte référent sans empiéter sur nos rôles de parents. J’ai été très touchée par la manière dont les enfants et moi avons été reçus par la famille de Ben. Le fond d’écran du père de Ben, c’est lui avec Jude et Eléanore. Ça dit beaucoup. 

 

« Au même titre que nous étions de très bon partenaires de vie quand nous étions un couple, nous somme aujourd’hui unis dans notre mission de parents. »

 

Et tes enfants ? Comment, d’après toi, ont-ils abordé ce tout nouveau tableau familial ?
Évidemment, s’ils pouvaient choisir ils préféreraient que leurs parents soient toujours ensemble, je crois que c’est normal mais ils ont très bien accepté l’arrivée de Benjamin et de Valentine dans leur vie. Quand John a présenté sa compagne, Éléanore a dit une phrase très forte : “ Au début j’étais triste mais maintenant je suis contente que papa ait une amoureuse ». Faire preuve d’autant d’empathie à 6 ans, je trouve ça fou.

Avec le temps, la distance, quel regard portes-tu sur cette étape de ta vie de femme et de mère ?
Je n’ai jamais eu confiance en moi. Me débrouiller seule m’a appris beaucoup sur moi et mes capacités à me relever ! C’est peut-être bizarre de dire ça mais ma plus grande fierté dans cette période c’est d’avoir (avec leur papa) réussi à nous séparer correctement : nos enfants sont entourés d’amour des deux côtés, il n’y a pas de tension, pas d’amertume et nos conjoint(e)s respectifs sont aussi l’un et l’autre très respectueux de notre rôle de parent, sans jalousie aucune, c’est une vraie chance.

Un mot que tu souhaiterais partager avec de jeunes parents a qui se séparent ou se sont récemment séparés ?
Beaucoup de mamans m’écrivent sur Instagram car elles sont en pleine séparation ou qu’elles n’osent pas partir et me demandent des conseils. Je leur dis toujours que même si tout est noir pour le moment, le bonheur est au bout du chemin. Faites-vous confiance et croyez en vous !
 

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