Pauline et Sarah : l’une porte leur bébé, l’autre l’allaite.

Pauline*, c’est le regard derrière les photos sublimes de Cette Petite Vie. Et c’est l’une des protagonistes d’une incroyable aventure. Celle d’un premier enfant à 22 ans, puis d’un coup de foudre inattendu avec la femme de sa vie. De cette histoire d’amour naît Irène, 10 ans après Bertille. Et de cette parentalité éclot la magie d’un projet : celui d’allaiter le bébé qu’elle n’a pas porté. 

Bertille, l’enfant de mes 22 ans.
Pauline rencontre son premier amour à 14 ans. Celui avec qui elle grandit, vit ses premiers émois, partage son premier appartement à Paris. 7 ans plus tard, la jeune femme tombe enceinte : « On avait laissé faire la vie. Ce n’était pas planifié mais ce n’était pas une surprise non plus. On était heureux de cette nouvelle et pas très craintifs, finalement. » Le couple poursuit ses études, se débrouille, vit dans un petit chez-soi. « Ma grossesse a été assez cool. J’étais la première de mes copines à être enceinte. Je traversais ça avec peu d’informations mais sans crainte. Un peu naïvement, dans ma bulle. » Quand Bertille a 18 mois, Pauline se sépare de son compagnon. « Bertille voyait son papa un week-end sur deux. Je l’amenais partout. Elle me suivait dans mes sorties, elle était de toutes les aventures. J’avais 25 ans et le besoin de voir mes amis qui formaient une grande communauté autour de ma fille. » Seule déconvenue dans cette première maternité : l’allaitement. « Bertille n’a jamais voulu prendre le sein, elle le rejetait alors même que l’allaitement me tenait particulièrement à coeur. Je me suis tournée vers le tire-lait et lui donnais mon lait à la seringue puis au biberon. Je l’ai vécue comme une grande frustration. » Pauline en fait l’expérience : l’allaitement comme l’accouchement, ne se passe pas forcément comme on l’imagine.

 

Sarah dessine un itinéraire bis que Pauline n’avait jamais envisagé. Cette déclaration, quoi qu’il en suive, est un immense cadeau : « C’est comme si je respirais enfin pleinement. »

 

Un jour, Sarah.
« On a vécu une rencontre folle. » Sarah et Pauline, c’est une histoire qui commence lors d’un brunch chez des amis en commun. Les deux femmes ont toutes deux vécu des histoires d’amour avec des hommes. Exclusivement. « Sarah se souvient d’un flash au moment de notre rencontre. Moi je ne me souviens de rien ! » On se revoit à un dîner de nouvel an chez des amis. Là, j’ai le souvenir très clair de longues discussions ensemble, je vis un crush amical incroyable. » Les deux femmes échangent leurs numéros, partagent des concerts, des pièces de théâtre, s’invitent aux crémaillères de l’une, aux événements de l’autre. Et l’évidence s’impose : Sarah lui fait sa déclaration. Ce n’est pas que de l’amitié. C’est de l’amour. « Il fallait qu’elle me le dise, c’était plus fort que tout. » Pauline rentre chez elle, s’endort aux côtés de son compagnon avec un milliard d’interrogations en tête. Mais aussi beaucoup de joie. Sarah dessine un itinéraire bis que Pauline n’avait jamais envisagé. Cette déclaration, quoi qu’il en suive, est un immense cadeau : « C’est comme si je respirais enfin pleinement. » Le couple ne se forme pas, mais tout prend un autre sens. « Depuis cette déclaration, la vie me paraît mille fois plus belle alors que rien ne change dans mon quotidien. » Et un soir, le baiser qui (re)donne du sens à tout…

La passion à l’épreuve.
« La saison 1 de mon histoire d’amour avec Sarah, c’était fou, passionnel, tonitruant, évident. » Sarah est musicienne, très indépendante, libre, forte, souvent en voyage. Les deux femmes se voient par sauts de puces et les retrouvailles sont intenses. Pauline est maman d’une petite fille scolarisée en maternelle. Le rythme est différent, les vies aussi mais leur histoire est incontournable. Et la rencontre avec Bertille ? « Ma fille a tout juste 4 ans, je lui dis avec des mots simples que je suis amoureuse de Sarah. Je vivais cette rencontre avec appréhension. Mais j’en garde un très bon souvenir ». Alors que les deux jeunes femmes voient leurs coeurs décoller, une épreuve vient tout déséquilibrer. Sarah doit se battre contre une maladie. La jeune femme ne souhaite plus être en couple. Pauline accompagne l’amour de sa vie à distance, malgré elle. « Je venais la voir, je m’occupais d’elle mais il n’était plus question pour elle d’être un couple. » Entre chagrin d’amour et inquiétude extrême, Pauline compose, à sa manière. « Je venais quand elle l’ acceptait. » Pour Pauline, c’est évident : elles se retrouveront. 

« La saison 2 de notre histoire »
« Durant cette épreuve, Sarah remet en question beaucoup de choses. Et la maternité en fait partie. Ce qui la pousse à reconsidérer une relation hétérosexuelle. Plus simple selon elle. Moi je tiens bon en lui assurant que ce projet, on peut le faire ensemble, que l’on s’aime et que ce qu’elle dit n’a pas de sens. Même si elle rejetait notre relation, je restai convaincue qu’elle reviendrait. Et j’étais prête à tout (dire) pour ça. » Malgré l’amour fou que Pauline porte à Sarah, le rejet est trop douloureux et Pauline coupe les ponts durant 6 mois. « Au détour d’une photo où je vois que Sarah va mieux, je reprends contact. » Un dîner plus tard, l’alchimie ne s’est pas envolée. Sarah est sortie d’affaire, veut profiter de la vie. Et de Pauline. « C’est la saison 2 de notre histoire. Sans promesse mais avec la même intensité. »

Être mamans
Sarah s’attache à Bertille. La petite fille s’attache à Sarah. Au fil du temps, les liens du coeur se tissent et le trio vit sous le même toit. Chacune s’adapte, la vie à trois s’installe, les rythmes aussi. Le désir de porter un enfant, leur enfant, s’impose à nouveau pour Sarah. « De mon côté, j’ai tendance à freiner son projet en argumentant l’équilibre, les 10 ans de Bertille, son autonomie. Et puis avoir un bébé, tout recommencer…je ne voulais pas rejouer la partition. » Mais comment refuser à la femme que l’on aime la magie d’une maternité que l’on a soi-même vécue ? « Pour Sarah, la motivation n’était pas d’avoir un bébé comme on tient un chaton dans ses bras. C’était bel et bien le désir d’être mère. Et ça, je ne pouvais pas le contourner. Chaque jour je me dis que j’ai bien fait de changer d’avis. » 

 

Au 7ème mois de grossesse de Sarah, Pauline lance le protocole de lactation induite. « Après seulement deux jours, du colostrum sort de mon sein ! Puis du lait en quantité. J’étais hystérique ! »

 

Allaiter notre enfant sans l’avoir porté.
« On a eu beaucoup de chance. La première PMA a été la bonne ! C’était un bonheur de voir Sarah si épanouie, belle, heureuse, mois après mois. J’étais fascinée, j’observais son corps changer de l’extérieur. C’était une expérience inédite. On a fait de l’haptonomie pour tisser encore plus de liens à trois. » C’est lors du 3ème trimestre de grossesse, qu’une amie médecin partage avec Pauline l’idée d’allaiter un enfant sans l’avoir porté. En 1999, le docteur Newman a mis en place un protocole de lactation induite au Canada, testé sur 250 femmes adoptives. L’objectif est simple : donner la possibilité à des femmes n’ayant pas porté le bébé, de l’allaiter. Les résultats sont plus que convaincants puisque toutes réussirent à allaiter. « Vient alors le projet fou de co-allaiter notre enfant. Avec tout de même une réserve : la maladie traversée par Sarah laissait planer un doute quant à la possibilité de mettre en place un allaitement. » Au 7ème mois de grossesse de Sarah, Pauline lance le protocole, un peu tardivement, à l’aide de son amie médecin. « Je prends une pilule contraceptive durant 1 mois pour stopper mes règles puis je stimule mes seins au tire-lait tous les jours, toutes les trois heures pendant 15 minutes. Je ne l’ai pas fait la nuit. Nous étions en plein confinement donc c’était beaucoup plus simple en terme d’orga. Après seulement deux jours, du colostrum sort de mon sein ! Puis du lait en quantité. J’étais hystérique ! » Le protocole a fonctionné et durant deux mois de grossesse, Pauline tire son lait tous les jours et le congèle. « Mon amie médecin n’en revenait pas. Moi, je ne me réjouissais pas tant que ma fille n’était pas à mon sein. Bertille ne s’était jamais accrochée…Je craignais que l’histoire de répète. »

« Il n’y avait rien d’étrange, c’était d’une évidence folle. »
« Irène est née par césarienne mais j’ai pu assister à la naissance. On a découvert le sexe, c’était magique, une bulle de bonheur. On n’a pas mis Irène à mon sein tout de suite pour laisser le temps à Sarah d’essayer durant les deux premiers jours. » Mais très vite, l’allaitement de Sarah paraissait de plus en plus compliqué à mettre en place : « Elle ne produisait pas de lait. C’est quand on se rend compte que ce n’est pas possible, que l’on mesure l’envie, le désir. Et la frustration. » Les deux mamans décident de mettre Irène au sein de Pauline : « Et ça fonctionne ! Irène tète immédiatement. C’était comme dans mes rêves. Il n’y avait rien d’étrange, c’était d’une évidence folle. On est super heureuses mais on ne lâche pas l’allaitement de Sarah et notre projet de co-allaitement. J’achète les tisanes au fenouil, on prend rendez-vous avec une conseillère en lactation…Ce qui est super c’est qu’Irène tétait malgré tout le sein de Sarah et le DAL (dispositif d’aide à la lactation) nous permettait de fixer le tuyau sur son sein et de la « nourrir » de cette manière. Une sacrée logistique que l’on na pas pu faire durer dans le temps. Mais symboliquement c’était très fort ». Et le regard de Sarah dans tout ça ? « Elle était évidemment déçue de ne pas l’allaiter mais par ailleurs tellement soulagée et émue de voir ce lien unique se tisser entre Irène et moi. Car en toile de fond tournait en boucle dans sa tête : « Est-ce que tu vas aimer cet enfant que tu n’as pas porté ? ».  « Peu importe ce que me dit l’administration, Irène est dans ma chaire. La question de la reconnaissance de la filiation ne m’effleure pas au quotidien. Mais à la nuit tombée, une souffrance assez vicieuse peut se faufiler guidée par un sentiment d’injustice, de colère, d’indignation mais aussi de peur : Et s’il arrive quelque chose ? »

Jusqu’au 6 mois d’Irène, Pauline l’allaite au sein exclusivement et poursuit après la diversification. « Ça se passe tellement bien, je ne vois pourquoi on arrêterait ! ». Nous, on ne se lasse pas de voir la « petite vie » de ces 4 filles composer chaque jour une mélodie unique. 

*Pauline est l’autrice du recueil de poésie et de photos Maison tanière (Editions Iconoclaste), de l’incroyable Ça raconte Sarah (Éditions de Minuit) et de l’album jeunesse Avec toi et Le dégât des eaux (Editions Thierry Magnier)

0 commentaires

Laissez un commentaire