Comment j’ai repris le travail en allaitant

Entrepreneuse et maman de deux enfants, Joseph 6 ans et Paulin 9 mois, je vous raconte ma reprise du travail en continuant l’allaitement : quelques mois de vie intense, semé de petits bonheurs, de fatigue, de concessions et (parfois) de découragement.

 

Un début difficile pour mon aîné… et un sevrage subi comme une séparation.
Pour mon aîné, j’avais allaité sans m’y préparer, juste pour voir. J’avais trouvé la mise en route pendant les premières semaines du post-partum extrêmement difficile. J’avais tenu jusqu’au cap des 6 semaines, où tout s’était apaisé : il dormait plus longtemps, je comprenais (un peu) mieux ses besoins, on trouvait notre rythme autour de 6 à 7 tétées par jour et je commençais à apprécier les « bons » côtés de l’allaitement : ces corps-à-corps, ses premiers sourires béats, cette petite main qui attrape mon doigt ou un bout de vêtement, cet abandon.

Mais cette parenthèse fut de courte durée : reprenant le travail aux 10 semaines légales, nous lui avons donné son premier biberon de lait infantile le jour de ses deux mois. J’avais la vague idée en tête de continuer à l’allaiter matin et soir, comme un rituel. Mais ce n’était pas si simple. L’équilibre à peine trouvé, il fallait tout casser : mon corps qui peine à s’adapter, les fuites de lait sur mes chemises, le mal de tête, réfléchir quand il se réveille la nuit « et là je donne quoi ? Ai-je assez de lait pour qu’il tienne jusqu’à demain matin, mais si je ne lui donne pas, est-ce que je ne risque pas un engorgement ? ». J’ai donc été plutôt soulagée ce 14 mars quand j’ai senti que je n’avais plus de lait et que c’était la dernière tétée.

 

Pour mon deuxième, j’en étais sûre, j’allaiterai.
Et plus longtemps si possible. Je ne voulais pas revivre ce mois de sevrage en même temps que ma reprise du travail, cette séparation physique douloureuse. Maintenant je sais : un allaitement demande de l’énergie et pour continuer en parallèle du travail, il fallait se préparer et s’adapter. En 6 ans, les choses avaient changé autour de moi : l’allaitement semblait s’être davantage répandu, il était sorti de l’intimité de la maison et des premières semaines. Sans doute aidé par des mouvements spontanés sur les réseaux sociaux comme #jallaiteencoreetalors ou #normalizebreastfeeding, et par l’émergence de marques engagées comme Tajine Banane. Alors que j’étais l’une des premières parmi mes amies à avoir un bébé et à l’allaiter, j’étais maintenant entourée de jeunes mamans avec de l’expérience à partager.

Il faut un village pour élever un enfant.
Peu avant ma reprise du travail, j’ai beaucoup échangé avec ma sage- femme : quel tire-lait choisir, quel rythme me conseillait-elle… J’ai aussi appelé mes copines qui étaient passées par là. Prune, entrepreneuse dans la e-santé, avait allaité Marius jusqu’à 6 mois en emmenant au bureau son tire-lait manuel, pour tirer son lait deux fois par jour, à 11h30 et 14h30… dans les toilettes, faute d’un bureau fermé ou d’une salle adaptée. Pauline, cheffe d’entreprise dans l’alimentaire, a repris le travail aux 3 mois de Lou, et ne se voyait pas tirer son lait dans ses journées ultra-chargées : elle le faisait donc matin et soir chez elle, après avoir allaité sa fille. « C’était long, mais j’étais tranquille pour la journée et pour la nuit ». Amélie, category manager pour une grande entreprise d’électroménager, avait un tire-lait électrique au bureau, une salle pour s’isoler et le faisait 2 fois par jour, à 12h et à 16h, jusqu’aux 7 mois de sa fille, puis une fois par jour le midi. Ça m’a permis de comprendre : il faudrait passer par la case tire-lait, ce serait fatiguant, mais il n’y a pas de rythme établi. A chacune de trouver le sien, selon son travail et son corps.

Télétravail et tire-lait
J’ai repris le travail aux 3 mois de Paulin, en prévenant mon équipe chez émoi émoi : habitant en Bretagne, je faisais auparavant des allers-retours hebdomadaires à Paris. Sur ces premiers mois de reprise, je resterai principalement en télétravail, pour faciliter le rythme familial et ne pas être trop fatiguée. J’ai déposé Paulin chez l’assistante maternelle et commencé à tirer mon lait deux fois par jour : en fin de matinée et en milieu d’après-midi. Pas vraiment d’horaire fixe, je faisais selon mes multiples rendez-vous en visio de la journée et aussi en écoutant mon corps et mes ressentis. Je « tirais » ainsi deux biberons par jour, entre 160 et 220ml, qui suffisaient à Paulin pour un allaitement exclusif. Dès les premiers jours, il s’est calé lui aussi sur ce rythme : 5 tétées par 24h (matin, midi, goûter, soir, et… une la nuit).

Les micro siestes m’ont sauvée
Vers ses 4 mois et demi, j’ai senti que j’étais épuisée. Il ne faisait pas encore ses nuits et je ne voyais pas le bout du tunnel : il oscillait entre 1 et 2 réveils nocturnes. Mes journées de travail étaient hachées, je n’en pouvais plus de m’arrêter pour tirer mon lait. Je voyais aussi que je tirais moins de quantité la journée, que Paulin semblait avoir faim le soir, il pleurait parfois à la fin de la tétée. J’étais tiraillée entre mon envie de continuer à allaiter et la sonnette d’alarme de la fatigue. Une nuit difficile, mon mari m’a dit : « Je suis super admiratif de ce que tu fais, mais tu ne peux pas continuer comme ça. Tu as deux choix : soit tu arrêtes d’allaiter (et ce que tu as fait est déjà super), soit tu décides que tu veux continuer et on s’adapte. Il faut que tu te reposes davantage sur moi à la maison. Et que tu me le rappelles quand je râlerai. ». J’ai beaucoup pleuré, et je me suis dit qu’il avait raison (et qu’il pouvait bien faire sa part, lui aussi). J’ai lâché prise sur tout, pris quoi qu’il arrive 20 minutes pour dormir chaque midi, et je me suis couchée à 22h tous les soirs, avec une tisane et un bouquin, quel que soit l’état de la maison.

Les déplacements : c’est possible !
C’est à ce moment-là que je suis partie deux jours à Paris pour voir mon équipe. J’ai senti que j’en avais besoin, professionnellement et personnellement. Une semaine avant, j’ai demandé à l’assistante maternelle de remplacer un des biberons de mon lait par du lait en poudre. Cela m’a permis de congeler quelques doses de lait pour qu’ils puissent alterner en mon absence entre lait en poudre et lait maternel. Je suis partie avec un tire-lait manuel dans ma valise, et j’ai tiré mon lait là-bas, au même rythme qu’à la maison : le matin, deux fois dans la journée au bureau, le soir et une fois par nuit (réveillée par l’habitude et par le trop-plein). Je suis rentrée chez moi reboostée. Voir mes collègues, mon associée, ne m’occuper « que » de moi, de mon travail et de mon tire-lait (quand même) m’a fait du bien.

J’ai décidé de revenir au bureau à Paris toutes les 2 semaines.

 

En parler
Le fait de voir mon équipe « en vrai » m’a aussi permis de dire les choses : oui, je continue à allaiter et je dois prendre des pauses pour tirer mon lait. C’est important de dire les choses à ses plus proches collègues, son.sa chef.fe, son associé.e. Déjà parce que ça montre que c’est possible. Et aussi parce qu’on a besoin de bienveillance. Bien sûr, c’est plus facile dans une entreprise de femmes (surtout chez émoi émoi), et quand on est la dirigeante, mais je suis tentée de croire que c’est possible ailleurs.

Et maintenant ?
Paulin a 9 mois, il fait (enfin) ses nuits depuis quelques semaines et moi aussi. La diversification a aidé, avec l’introduction d’autres aliments. On est maintenant bien « calés » tous les deux sur 3 à 4 tétées par jour (matin, midi, goûter, soir). En semaine, je ne tire mon lait qu’une fois par jour. Jusqu’à quand ? Je ne sais pas encore. Je ne me mets plus de pression mais je continue tant que ça me plait.

 Photo : Nathalie porte la robe pâquerettes A la folie.

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